LES ALPES
XVIIème et XVIIIème siècles

Les Alpes assujetties aux états territoriaux (XVIIe et XVIIIe s.) Avec la formation des états territoriaux, on assiste à un partage politique des Alpes ainsi qu'à une perte d'autonomie des alpins. Elles sont progressivement subordonnées au Royaume de France, au Duché de Savoie (Piémont Sardaigne), sur la partie occidentale, à la Maison d'Autriche (Habsbourg) à l'Est, à la Confédération helvétique au centre qui profite des troubles en Italie pour s'agrandir au Sud (Tessin). L'espace jusque-là perméable aux échanges devient cloisonné par des frontières qui naissent avec la constitution des États nationaux.

Le traité d'Utrecht en 1719 établit une nouvelle conception d'une démarcation qui suit la ligne de partage des eaux, ou ligne des « eaux pendantes ». Ce traité entraine, entre autres, une militarisation des Alpes en rendant plus hermétiques les délimitations entre pays. L'armée occupe une place importante dans la vie socio-économique des Alpes. Elle modèle les équipements routiers et impacte fortement l'architecture. Les fortifications de Vauban témoignent de cette omniprésence militaire dans l'espace alpin occidental. Durant cette période, le « petit âge glaciaire » inflige des conditions d'existence rigoureuse aux populations, déjà accablées par une lourde fiscalité. Les disettes, le coût excessif des vivres engendrent un exode important en dépit d'une certaine vitalité démographique.

Ces migrations « de qualité » ou au contraire « prolétariennes » dira Raoul Blanchard s'orientent vers des destinations diverses, parmi lesquelles, les pays germaniques ou encore les régions du Sud. Cette émigration, souvent douloureuse et marquée par l'échec de ses acteurs, assure un trait d'union entre un monde alpin fermé et les zones extérieures. Elle contribue à la modernisation du milieu montagnard. Les monarchies autoritaires françaises et piémontaises mettent fin, au prix d'une tyrannie bureaucratique, aux privilèges locaux et la seconde moitié du XVIIIe siècle se caractérise par une volonté de centralisation et de normalisation de la part du pouvoir.

Ces deux siècles tourmentés par les affrontements militaires témoignent du poids stratégique des Alpes en Europe.