LES ALPES
Étymologie

L’étymologie du mot "ALPES" gravite principalement autour de deux notions: les notions de blancheur et de hauteur, d’élévation (origine préceltique indo-européenne).
À ces deux notions vient s’en ajouter une autre quasi mystique, une sorte de synthèse des deux autres, celle de « monde lumineux » « monde d’en haut ».

Alpes (latin Alpes, grec Alpeis)

HÉRODOTE (vers 484 av. J.-C.)
Ἐκ δὲ τῆς κατύπερθε χώρης Ὀμβρικῶν Κάρπις ποταμὸς καὶ ἄλλος Ἄλπις ποταμὸς πρὸς βορέην ἄνεμον καὶ οὗτοι ῥέοντες ἐκδιδοῦσι ἐς αὐτόν· ῥέει γὰρ δὴ διὰ πάσης τῆς Εὐρώπης ὁ Ἴστρος, ἀρξάμενος ἐκ Κελτῶν, οἳ ἔσχατοι πρὸς ἡλίου δυσμέων μετὰ Κύνητας οἰκέουσι τῶν ἐν τῇ Εὐρώπη·

Le Carpis et l'Alpis sortent du pays au-dessus des Ombriques, coulent vers le nord, et se perdent dans le même fleuve. On ne doit pas au reste s'étonner que l'Ister (Danube) reçoive tant de rivières, puisqu'il traverse toute l'Europe.
Les hyperboréens au-delà des monts riphéens.

Sextus Pompeius FESTUS (grammairien)
« De signification verborumAlbum, quod nos dicimus, a Graeco, quod est αλφσν,αλπεις est appellatum. Sabini tamen alpum dixerunt. Unde credi potest. nomen Alpium a candore nivium vocitatum. »
Albus (blanc). Ce mot, employé chez nous, est tiré du grec αλφον .
Pourtant les Sabins ont dit alpus. On peut donc croire que le nom des Alpes a été donné à ces montagnes à cause de la blancheur des neiges qui les couvrent.


STRABON dit :
« on fait remarquer que ce qui se dit aujourd'hui Alpia, voire même Alpina, se disait anciennement Albia, témoin ce pic élevé du pays des Japodes, voisin du mont Ocra et des Alpes, et qu'on appelle aujourd'hui encore Albius mons, comme pour marquer que la chaîne des Alpes se prolonge jusque-là.
 »

VIRGILE :
GEORGIQUE LIVRE III : LES TROUPEAUX
par SERVIUS commentaire du livre 10 de l'eneide

"Tùm sciât aërias Alpes et Norica castra"

Il suffit, pour en juger, de visiter les Alpes aériennes, dans l'Eneide livre X
"omnes altitudines montium a gallis, Alpes vocantur" que les gaulois appellent "Alpes" toutes les hauteurs de montagnes
Dans le livre III des georgiques:
"Alpes proprie montes galliæ sunt, de quibus Virgilus aërias Alpe, verbum expressit a verbo, nam Gallorum lingud, Alpes, montes alti vocantur."
Les Alpes sont proprement les montagnes de la gaule, Virgile en parle en ces mots : Alpes aériennes, et en disant aériennes, il explique le mot par lui-même, car dans la langue des Gaulois, Alpes signifie déjà montagnes élévées.

Josias SIMLER
 :
Il est probable que le nom d'Alpes fut donné à la gigantesque chaîne qui sépare l'Italie de la Gaule et de la Germanie, à cause de sa blancheur éclatante, car des neiges presque éternelles en blanchissent les cimes.
Les Sabins, en effet, suivant la remarque de Festlls Pompée, prononçaient : Alpum, le mot prononcé depuis: Album (blanc) par les Romains et qui est l'origine du nom des Alpes. [...] « Les Alpes — écrit Strabon — s'appelaient autrefois Albia et Alpionia, et chez les Japydes, le dernier sommet (Velka Kappa) de la chaîne s'appelle: Albium*, parce que les Alpes se prolongent jusque-là. Des cités ligures portent les noms d'Albium Intemeliorum (Vintimille) et d'Albingaunum ou Albium Ingaunorum (Albenga), pour Alpium Intemelium et Alpium Ingaunum »
Isidore veut, au contraire, que le nom des Alpes soit celtique : « Les Alpes proprement dites — écrit-il — sont des montagnes de Gaule ; Virgile les appelle « Aërias Alpes », et en disant « aërias », il traduit littéralement : « Alpes, dans la langue celtique, a le sens de : hautes montagnes ; telles sont précisément celles qui servent de rempart à l'Italie. » À notre époque, le mot Alpes est entré, on peut le dire, dans la langue courante, mais alors ce mot ne signifie pas : hauteur. Sous le nom d'Alp, pluriel Alpen, on désigne des pâturages de montagnes dont le foin n'est jamais fauché ni rentré pour être consommé l'hiver et où l'on envoie seulement paître les bœufs et le bétail en général. Par suite, « zu Alp fahren » signifie faire monter les troupeaux aux pâturages de montagnes, où, ordinairement, ils restent au plus les trois mois de l'été.

Dictionnaire universel françois et latin - Dictionnaire de Trevoux 1704 :

Alpes, est un nom celtique, composé de al, qui signifie haut, élevé ; et pen, qui dans cette langue veut dire le sommet d'une montagne. Il parait que c'est la vraie étymologie de ce nom. Servius la confirme, en disant, sur le 13 vers du Xe livre de l'Enéide, que les Gaulois appelent Alpes toutes les hauteurs des montagnes. Hiérôme. Moine Camaldule, qui a fait la vie de S. Romuald, y prend souvent le nom d'Alpes pour un nom appellatif, qui signifie de hautes montagnes ; car en parlant des lieux où ce Saint établit des Monastères dans l'Etrurie & dans le mont Apennin, il dit , Ch 2. Ornantur monasteriis innumeræ Alpes , et: Ch. 10. Veniens itaque Pater sanctus in Romandiolam ascendit altissimum Apennini montem, lustrants Alpes per circuitum , etc. On trouve encore d'autres exemples, où le mot Alpes est pris en général pour montagnes ; et même Alpis au singulier, pour mons, une montagne. Voyez la vie de S. Landulphe, Act. Sanct. T. II. p. 44. B. Chorier remarque que Penne est un village dans le Diois, bâti sur une éminence ; et il veut que le nom de Puy tire aussi de là son origine. Cependant 
Festus prétend que ce nom a été donné à ces montagnes à cause des neiges dont elles sont toujours couvertes, qu'alphore en grec signifie blanc, et que les Sabiens au lieu d'alphus disaient alpus, d'où s'est formé ce nom Alpes. 
Samuel Bochart (1599-1667) a recours aux Phéniciens à son ordinaire ; il soutient, Chan. L. I. C. 42. que c'est eux qui ont donné le nom à ces montagnes ; qu'il vient de ‎לבן, laban, blanc, d'où le mont Liban a aussi pris son nom ‎אלבן, alban, dans la forme syriaque, signifie être blanc ; de là s'est fait Alpes. M. d'Herbelot, qui croit aussi que les Alpes, comme le Liban, ont pris leur nom de la blancheur des neiges qui les couvrent, le tire du grec ἀλφός blanc , et cite sur cela Festus, et Procope, De bello Coth. L. I Eustathius sur Denis le Géogr. fait entendre qu'Alpes signifie un col dans des montagnes. On trouve aussi ce nom, pour signifier un pâturage dans des montagnes, d'où s'est formé Alpagium, qui signifie le droit d'y conduire les bestiaux, ou le prix qu'on paie pour en avoir la permission. Mais tous ces sens dérivés sont postérieurs au nom et à la signification des Alpes.
Les Grecs les nomment d'Ἄλπιαι & Ἄλποιαι, & Phavorinus Ὀλπια. On trouve même Σαρποι dans Lycophron : Isacius son Commentateur l'entend des Alpes.
Cluvier a traité fort au long des Alpes, dans son Italie ancienne, liv. i. ch. 30. & Josias Simler en a fait un traité exprès, intitulé De Alpibus. Voyez aussi Gaudentius Merula De Antiq. Gallor. Cisalp. Liv. III.C. 5. & suiv.

Dictionnaire étymologique XVIII:
A L P E S. Montagnes. Il y a diversité d'opinions touchant l'origine de ce mot. L'Abbréviateur de Festus le dérive de Album (quod nos dicimus, a Graeco, quod est αλφσν est appellatum. Sabini tamen alpum dixerunt. Unde credi potest. nomen Alpium a candore nivium vocitatum.)
(ALBUS) (1). Ce mot, employé chez nous, est tiré du grec αλφον . Pourtant les Sabins ont dit alpus. On peut donc croire que le nom des Alpes a été donné à ces montagnes à cause de la blancheur des neiges qui les couvrent.
(1) Blanc.
L'Auteur du Grand Etymologicum est du même avis .Les autres croient que c'est un mot Gaulois qui signifie hautes montagnes. Servius sur ces vers du x. de l'Enéide:
cum fera Karthago Romanis arcibus olim exitium magnum atque Alpes immittet apertas :
quand la féroce Carthage s'ouvrira les Alpes et lancera contre les collines de Rome un assaut dévastateur :

Servius, in Vergilii Aeneidos Commentarius, 10, Versus 13 :

Denique loca ipsa, quae rupit, Poeninae Alpes vocantur. Quamvis legatur a Poenina dea, quae ibi colitur, Alpes ipsas vocari.
Sane omnes altitudines montium licet à Gallis altitudines vocantur, proprié tamen montium Gallicorum sunt. Philargyrius sur ces mots du III. des Géorgiques:
Tum sciat, aërias Alpes et Norica si quis Castella in tumulis et Iapydis arva Timavi Nunc quoque post tanto videat desertaque regna Pastorum et longe saltus lateque vacantes.


Isidore dit la même chose,
livre XIV. chapitre 8. de ses Origines.
Et Cluerius, livre I. de son ancienne Germanie chapitre 1. & 8. Isaac Pontanus, dans son Glossaire Celtique, font de cette opinion. A quoi on peut ajouter qu'Alpes a été pris en cette signification de haut par les Ecrivains des derniers siècles ( vous en, pouvez voir plusieurs exemples dans Spelmannus dans son Glossaire, le mot Alpes & Alpa )
  
Voyez M. Bochart livre I des Colonies des Phéniciens, chap. ,x. où il dérive le mot Alpes du Punique, en la signification du blanc d'alben, qui signifie Albascere, la signification de haut, d' « al » qui signifie « altos » & de «pen » qui signifie «collis ». Voyez aussi M. du Cange, dans son Glossaire. Festus, Polybe dans le troisième Livre de son Histoire, Schinder dans son Dictionnaire en cinq Langues & plusieurs des anciens & des modernes, se sont trompés quand ils ont écrit que ces montagnes qui disaient la Gaule Transalpine de la Cisalpine et qui séparent aujourd'hui l'Italie de la France et de l'Allemagne, ont été appellées Alpes à cause de la neige qui couvre toujours leur sommet, et que les Sabins disaient alpum pour Album.
Le nom des Alpes ne vient point de leur blancheur, mais de leur hauteur. Il est certain, selon le témoignage d'Isidore de Servius, de Philargyrius, et de plusieurs autres que le mot Alpes dans l'ancienne Langue des Celtes ne signifie autre chose que hautes montagnes. M. Chevreau dans son « Chevraana » tome 2. page 280. éclaircit encore davantage ce sentiment, en rapportant la remarque que Vossius a faite dans son premier Livre de l'Idolâtrie chap. 35. pag. 136. où il dit que dans la Langue des Celtes al ou alp n'est autre que montagnes hautes et que de Al, Alp, on a fait Alpes par contraction.M. Huet, dans une lettre à M. Bochard, lui dit qu'il s'est appliqué longtemps à chercher l'étymologie du mot Alpes & qu'il est convaincu que ces montagnes ont été ainsi nommées de leur hauteur.
A plusieurs réflexions que M. Huet fait sur ce point, il ajoute cette remarque, que Nonnus décrivant un gent qui par sa grandeur démesurée peut, pour ainsi parler, de sa tête toucher le ciel, l'appelle Alpus d'où M. Huet conclu que le nom d'Alpes doit plutôt un nom appellatif qu un nom propre. Le mot Alpes vient donc du vieux Gaulois ou Celtique et ne signifie autre chose qu hautes montagnes.

Christophe de VILLENEUVE - 1824 - Statistique du département des Bouches-du-Rhône.

La racine Alb exprime la couleur blanche non seulement en latin mais aussi dans tous les dialectes celtiques. Cette racine n'est-elle-même qu'une modification de la racine Alp, qui s'applique à tous les endroits élevés et montagneux.


Albert FALSAN
Le nom même des Alpes, qu'il soit celtique ou ligure d'origine, ressemble si fort à l'expression latine : Âlbus, qu'on est instinctivement amené à lui donner le même radical. Ce radical se retrouve toujours avec la signification de hauteur dans Albanie, l'ancienne Épire ; Âlbe la Longue, partie élevée du Latium ; Aubagne et le Plan-d'Aups, haute région du territoire de Marseille ; Aups, village situé au-dessus du plat pays, dans le Var.

Il semble dès lors naturel de reconnaître en lui un vocable ou terme aryen dans lequel l'idée de hauteur et celle de blancheur se seraient confondues par allusion à la neige des sommités.

La plupart des auteurs ont fait ressortir avec raison le nom Albœci, appliqué par Strabon et Pline aux peuples alpins de la haute Provence avec la signification dé montagnards. 
Alpis fait Aups, comme Alba fait Aube et alter a fait autre. M. de Saporta, In Utteris. 
Nommés aussi Albienses (Albieciens). Pline révèle la position des Albœci sur la rive droite du Bas-Verdon, dans la contrée de Riez, où seraient distincts des Albœci de Riez. 
E. Desjardins, Géographie de la Gaule romaine t. Il, p. 87.

Alpi-s désigne, aussi dans d'autres chaînes de montagne, le col, le passage. On peut noter que "Alpis Cottia" fut utilisé par les romains pour indiquer le Col de Montgenèvre, "Alpis Graia" le col du Petit Saint-Bernard et "Alpis Pennina" le Col du Grand Saint-Bernard.


Alb :
Xavier DELAMARRE : Dictionnaire de la langue gauloise: Une approche linguistique du vieux-celtique continental.
Revue d'onomastique n°51-2009.
Philip Freeman amd John T. Koch : The Celts (history, life and culture)
Meid, Wolfgang, “Über Albion, elfydd, Albiorix und andere Indikatoren eines keltischen Weltbildes”, in: Ball, Martin J., James Fife, Erich Poppe, and Jenny Rowland (eds.), Celtic linguistics / Ieithyddiaeth Geltaidd: readings in the Brythonic languages. Festschrift for T. Arwyn Watkins, Amsterdam Studies in the Theory and History of Linguistic Science 4.68, Current Issues in Linguistic Theory, Amsterdam: Benjamins, 1990. 435—440.

Albio-Albiones - ref : Pliny's Nalural History (4.16), 1s AP.J.C
Alb- / Albio- : ¥ (monde, blanc, lumineux, brillant , céleste) [ mots et étymons de la langue gauloise ]

Albion correspond au toponyme gaélique Alba et du nom commun issu du vieux gallois elbid (vieux gallois englynion*, en moyen gallois elfyd, le tout du Celtique Albiiu, lequel dérive à son tour de l'indo-européen Albho- "blanc'.
Les thèmes albo, albio-, albilo-, etc., sont abondamment représentés dans l'onomastique vieille-celtique mais quasiment absent des langues celtiques insulaires médiévales, si l'on excepte le moyen gallois elfyd (moderne elfydd) ayant en général le sens de terre, monde, pays dont le prototype est albinos.
Sachant que l'adjectif pan-celtique pour dire blanc, est Vindo- (irlandais find, gallois gwynn, gaulois uindo-, Breton gwenn), il est hautement probable que le thème albo, du celtique, avec ses dérivés, rapporté traditionnellement au latin albus et à quelques mots des dialectes indo-européens, doit désigner un autre concept.
Le celtologue d'Innsbruck, Wolfgang Meid (1990) a montré, que les mots vieux celtiques albio(n)- et dubno-, tous deux signifiant 'monde' , sont les termes complémentaires d'une opposition lexicale et sémantique reflétant une ancienne prestation cosmologique verticale albio(n) désignant le 'monde d'en haut' , lumineux et céleste, et dubno, le 'monde d'en bas' , profond, sombre, et infernal. L'épithète divine gaulois et le nom propre galates, Albio-rïx indique le 'roi du monde celeste' et s'oppose à Dubno-rïx le 'roi du monde souterrain'. (Delamarre 1999)
Que le thème Albo- et son dérivé Albio-, issu d'un adjectif (i.e) Alb'o- 'blanc', puissent signifier 'monde' , et en l'occurrence, 'monde lumineux' (d'en haut), trouve un parallèle en slave où slavon svetu et russe set qui signifient à la fois 'lumière' et 'monde'. La composante alb(o)- de l'onomastique vieille-celtique est donc traduite plus sûrement 'ciel' en tant que 'monde d'en haut' plutôt que 'blanc ou clair'.
Le Mars, Ex-albio-vix d'Osterburken en Bade-Wurtemberg (AE 1985, 692) est sans doute un Dieu qui vainc (-vic-) en jetant sa foudre, 'du haut du ciel' (ex-albio-), comme Indra, Thor ou Arès. L'Alba-renius, de Padoue (CIL V 2845) et le Mars, Alba-rinus de Narbonnaise (CIL XII 1157) indiquent un 'flot-Céleste' (avec pour ce dernier reno : rïno-).

*englyn, métrique galloise que l'on trouve dans le Juvencus manuscript, une des source les plus importantes du vieux gallois, 900 AP.J.C)