LES ALPES
Géomorphologie

La géomorphologie est le domaine de la géographie physique qui concerne l’étude descriptive et explicative des formes du relief terrestre, de leur création, leur modification ainsi que leur relation à l’espace.

La forme de la surface terrestre dépend d’une part de sa roche mère (formation du relief – facteurs endogènes et forces endogènes), d’autre part, du climat, en particulier l’action physique de l’eau, de la glace, du vent et des procédés chimiques causés par la végétation (destruction du relief – facteurs exogènes et forces exogènes).

Le relief représente l'ensemble des formes sur la surface terrestre comprenant aussi bien des creux que des saillies. En  ce qui concerne les reliefs qui résultent essentiellement de l’action de l’érosion, on emploie le terme de modelé. Lorsque l’arrangement des roches du sous-sol joue un rôle important dans les formes de la topographie on parle de relief structural.

Le relief des Alpes offre des aspects d'une exceptionnelle diversité.

Facteurs endogènes

Dans l’espace alpin, la nature des roches influe sur les différentes formes de paysage

- massifs à surfaces étagées.
Composés de roches cristallines, ils peuvent être à arêtes acérées ou arrondies (zone des Grauwackes), avec des sommets isolés et des cirques glaciaires étagés.

- massifs calcaires.
Les paysages faits de roches sédimentaires sont très variés : des plaines, des plateaux, des cuestas (relief dû à l’érosion d’une couche dure à pendage modéré et montrant une pente faible sur le dos de la couche, du côté du pendage (revers), et une pente forte du côté inverse, là où la couche a été tranchée par l’érosion (front)), des buttes-témoins, des falaises, parois et escarpements monoclinaux, des reliefs plissés, des karsts...

- massifs de roches tendres.
Ils présentent des sommets arrondis, des flyschs, des schistes lustrés, des molasses plissées...

En bordure du massif les formes extra-alpines se distinguent par des socles cristallins (Estérel, Maures, Massif bohémien), collines tertiaires, accumulations alluviales et moraines (vallums-drumlins).

Facteurs exogènes

Les processus chimiques dominent dans les secteurs de faible et moyenne altitude, caractérisés par une altération de surface des roches sous la couverture végétale, tandis que dans les zones d’altitude ce sont les processus physiques qui produisent les formes alpines spécifiques.

Les mécanismes d’érosion eux-mêmes peuvent être divisés en deux catégories :

- hérités : issus de climats du passé
- actifs : déterminés par le climat actuel.

Pendant l’ère glaciaire, la quasi-totalité des Alpes était recouverte par les glaciers. Ces derniers ont généré les formes typiques de la haute montagne, mais ont également façonné les zones de basse altitude et les contreforts.

Les formes du relief sont marquées par des étages géomorphologiques et se déclinent en différents niveaux :

- l’étage nival :

le mécanisme dominant réside dans l'éclatement des roches occasionné par le gel. Les fréquents changements de température transforment l’eau pénétrant dans les plus petites fissures ou diaclases en glace, phénomène augmentant son volume de 10%. Il s'exerce alors à l'intérieur de ces micro-fissures une forte pression qui provoque la fragmentation  de la roche (gélifraction) . Ce processus est à l’origine des formes de roches pointues et tranchantes, et génère de grands éboulis vifs de débris au pied des parois (casses ou clapiers).
Dans les parties moins escarpées, des cuvettes et des plaques de neige, des rigoles creusées à la surface du glacier par les eaux de ruissellement, des bédières, composent les paysages du pergélisol (sol gelé en permanence).

- l’étage glaciaire issu de l'action des glaciers :

les processus dominants sont causés ici par les glaciers qui engendrent (de haut en bas) :

des cirques, des lacs de cirque, des zones de relief aiguisées (les roches aiguës sont fortement arrondies par les glaciers), des marques de diffluence et de transfluence* quand on passe d'un bassin glaciaire à un autre, des zones émoussées aux roches moutonnées (plat, arrondi sur le versant exposé  au vent, raide sur le côté sous le vent, affleurements rocheux sur les goulets d'étranglement des anciens glaciers), de profondes gorges, des verrous glaciaires, des auges glaciaires, vallées en forme de U accentuée par des épaulements, replats situés au niveau supérieur du glacier et auxquels se raccordent des vallées suspendues, des moraines latérales et frontales, de profondes vallées, des lacs de type « fjord » en bordure des Alpes, des vallums morainiques et des drumlins de l'avant-pays alpin (collines allongées de forme elliptique) et en partie massives, des moraines terminales semi-circulaires de style "amphithéâtre" comme celles de l'Adige, du Tessin et de la Doire Baltée.


Auge glaciaire du Valgaudemar

- l’étage périglaciaire façonné par le gel :

la limite était fixée au niveau des neiges permanentes, mais celle-ci est très variable selon les conditions locales et les années. Généralement sous les langues glaciaires, les névés, et les parois glacées, mais ces limites sont très variables en fonction de l'altitude, de l'exposition, des précipitations, de la topologie locale. Les formes du relief du modelé périglaciaire se trouvent dans des régions encore soumises aux processus d'altération et de dégradation des sols due au gel (cycles fréquents de gel-dégel) et qui sont souvent, mais non obligatoirement, à proximité de glaciers. Cet étage est déterminé principalement sous la forme de solifluxion, glissement de terrain dû au fait que les terrains sont gorgés d’eau et s’écoulent comme une masse boueuse.

- l’étage collinéen-montagnard structuré par l’écoulement des eaux (torrents) :

Ici, les processus spécifiques de la haute montagne font défaut. Les reliefs sont créés par l'eau courante avec une force significative, car les Alpes étant une jeune chaine de montagnes présentent un relief escarpé et que la phase de soulèvement n'est pas encore terminée.

De façon générale, tous ces processus géomorphologiques sont très prononcés pendant les périodes glaciaires, et avec l'augmentation du réchauffement de la terre et de la couverture végétale, se déroulent à des altitudes supérieures. Chaque détérioration climatique (par exemple le petit âge glaciaire) occasionne ces processus, tout réchauffement (depuis 1860) les ralentit à nouveau.

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*Col de diffluence : col où s'unissent les glaciers des deux versants, et où la glace peut passer d'un côté à l'autre dans les deux sens.
  Col de transfluence : col où s'unissent les glaciers des deux versants, et où l'un d'entre eux transfère de la glace à l'autre (dans un seul sens).