LES ALPES
L'habitat alpin

Premières formes d'habitat

Les premiers agriculteurs et éleveurs du Néolitique qui s'installent autour des Alpes, privilégient les milieux lacustres. Dans ces zones humides, entre 5000 à 500 av. J.-C. on assiste à l'édification de villages de palaffites.

Les modes de construction sont très divers :

des maisons à simples fondations de pieux, à sablières ou à semelles, où la charge est portée par une plus grande surface.
Dans les zones marécageuses ou au bord des petits lacs, les planchers étaient à même le sol ou légèrement surélevés, posés sur un réseau de solives.
Au bord des grands lacs préalpins, sujet à d’importantes variations de niveau, le sol des maisons était probablement surélevé .
Les parois étaient constituées de rondins ou de bois de refend, parfois aussi de clayonnage avec un revêtement d’argile. Les sols, les foyers et les fours étaient en argile.

À l’Âge du Bronze, on connaît des maisons construites en madriers, et des assemblages par tenons et mortaises.
La diversité des plans des bâtiments et de leur agencement intérieur montre qu’il existait des traditions et des particularités régionales.

Leur disposition témoigne aussi d’une certaine variabilité dans le mode de planification et l’organisation sociale :

on distingue des villages à rangée unique, à rangées serrées, en tas, à espace central libre ou aménagé.
Les villages comprennent en outre des clôtures, des palissades et des chemins d’accès diversement aménagés.

L’habitat rural

Dans l’inconscient collectif, lorsqu’il est question de l’habitat alpin, l’image du chalet vient immédiatement à l’esprit. Il symbolise une sorte d’idéal du logement, douillet et chaleureux dans lequel le bois domine. Le bois entre dans la structure même du bâtiment, il compose le matériau prédominant de l’ameublement et c’est le combustible fondamental sans lequel la survie dans ce milieu rigoureux serait inenvisageable.

Habitat concentré, habitat dispersé

Mais, cet habitat caractéristique du Nord et des civilisations à prévalence pastorale, que Raoul Blanchard définit comme « un éparpillement presque indéfini en hameaux », représente seulement une partie de l’ensemble de l’habitat rural alpin. Au Sud, le géographe oppose un habitat groupé en « villages-blocs », spécifique des cultures latines, dont l’ossature exige des matériaux robustes comme la pierre.
En réalité, de multiples facteurs, climatiques, géographiques, historiques, culturels, sociaux, économiques, etc., expliquent la présence de nuances variées dans l’habitat. L’emplacement de celui-ci est étroitement lié aux conditions naturelles. Les endroits de prédilection se trouvent dans des lieux abrités comme les terrasses ou les cônes de déjection, les fonds de vallées à l’écart des crues. La situation est également subordonnée à l’exposition et l’approvisionnement en eau, de même que fortement assujettie aux ressources assurant l’autosubsistance.

L’architecture rurale alpine

On rencontre globalement deux types de construction :
— La ferme-bloc (de l’Allemand « Einhof ») ou l’habitat concentré réunit l’ensemble des fonctions dans une seule unité : habitation, étables pour les animaux et espace de travail et de stockage, avec ou sans communication entre les édifices. Ce regroupement peut revêtir différents aspects : les éléments sont côte à côte et épousent des formes carrées, ou disposés en longueur. Ils peuvent aussi être agencés en hauteur (Alpes françaises du Sud , Alpes italiennes).
— La ferme à cour ouverte ou maison en ordre lâche se distingue par une dissociation des bâtiments. Ces derniers sont parfois éloignés du lieu de vie, voire répartis sur différents niveaux.
La maison-bloc répond davantage aux besoins d’une petite ou moyenne exploitation tandis que la maison en ordre lâche est mieux adaptée à l’élevage. Sur la bordure du massif, dans la région des lacs, les demeures de vignerons, décorées très artistiquement, adoptent une allure plus citadine, arborant des signes de confort et d’aisance. Le Südtirol/Alto-Adige fournit des exemplaires très significatifs de ce type d’architecture (Kaltern/Caldaro).
De nombreuses particularités existent au sein de la chaîne :
— les maisons Walser : au Moyen Âge, le peuple Walser à la faveur d’un adoucissement du climat a pu franchir certains cols et créer en altitude (1 500 mètres minimum) un habitat épars la plupart du temps en bois.
— Le système du « Gesshlossener hof ou Erhof/Maso chiuso » dans le Südtirol, accorde la propriété de l’ensemble du domaine à l’ainé masculin d’une fratrie, témoigne d’une organisation sociale singulière.
Ces deux exemples sont révélateurs des multiples spécificités de l’habitat alpin.

L'habitat permanent d'altitude et ses limites

On observe deux types d'habitat à la limite supérieure de l'habitat permanent :

le premier se caractérise par une association culture - élevage ; villages et hameaux atteignent des altitudes dépassant souvent les 1 800 m dans les Alpes occidentales, en particulier dans la zone intra-alpine. Ce sont des territoires favorisés d'un point de vue climatique en particulier l'Ubaye, le Val d'Aoste et le Valais. Saint-Véran dans le Queyras, à 2 040 m, la plus haute commune des Alpes françaises est une des plus emblématiques. Dans les Alpes orientales les installations regroupant céréales et élevage se trouvent en général au-dessous de 1 800 m et, la plupart du temps, n’excèdent pas les 1 200-1 400 m en raison de conditions météorologiques plus rudes.


Saint-Véran (2 040 m)

Le deuxième type d'habitat est de nature dispersée et essentiellement dédié à l'élevage. La commune d'Avers, dans le canton des Grisons en Suisse, et son hameau de Juf, le plus élevé des Alpes avec un habitat permanent à 2 126 m représente un bon exemple de ce modèle d'implantation. Trepalle en Italie, sur la commune de Livigno, pratique l'élevage, mais vit principalement du tourisme (sports d'hiver), et, sa condition de zone franche limite un exode que la rigueur climatique aurait pu encourager.


Juf (2 126 m)

On constate un abandon régulier des hauteurs mais avec le tourisme certaines communes peuvent encore garder une population d'altitude.

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