LES ALPES
Patrimoine et architecture

Préhistoire

On trouve les traces des toutes premières manifestations dans la Valcamonica en Italie et les Totes Gebirge en Autriche. La majorité des sites d'art rupestre des Alpes datent du Néolithique. Les groupes majeurs, répartis dans près de 1000 sites, se rencontrent dans la Valcamonica et la Valtellina en Italie, Saint-Léonard et autres localités proches de Martigny dans le Valais en Suisse, plus tardivement dans les Alpes maritimes au Mont Bégo (Vallée des Merveilles-Fontanalbe) en France, en Ligurie, dans le Piémont et le Val d'Aoste en Italie et en Engadine dans le canton des Grisons en Suisse.


Le sorcier


On compte plus de 500 000 graphèmes, dont 300 000 gravures uniquement pour la Valcamonica. Cette dernière se caractérise par la pérennité, la persistance d'une tradition qui couvre la période de la fin du Paléolithique au Moyen Âge.

Au Néolitique on assiste à l'installation des premiers agriculteurs et éleveurs autour des Alpes, dans les zones lacustres, avec l'émergence de villages de Palafittes.
Classés aujourd'hui au patrimoine mondial L'UNESCO, les Sites palafittiques préhistoriques autour des Alpes englobe une sélection des 111 plus remarquables villages de palafittes parmi près de 1000 sites connus répartis sur six pays aux confins des Alpes que sont la Suisse, l’Autriche, la France, l’Allemagne, l’Italie et la Slovénie. La série se compose des restes de villages de palafittes préhistoriques datant de 5000 à 500 av. J.C. construits de manière très diverse.

L'Antiquité


Teatro romano (Aosta)

Les populations alpines, bien qu' en contact avec les civilisations méditerranéennes grecques et étrusques, en subirent finalement peu l'influence. C'est avec les romains que l'on assiste à une modification visible et durable du paysage et par conséquent du patrimoine alpin. En témoignent les routes, termes, aqueducs, temples, théâtres, amphithéâtres que l'on croise dans différents endroits de la chaine.

Le Haut Moyen Âge


Tempietto Longobardo (Cividale del Friuli)

Entre les VIe et IXe siècles, les Alpes, à la confluence de plusieurs cultures, vont être marquées par les grands courants artistiques mêlant les influences de l'antiquité, byzantines, barbares, anglo-saxonnes et carolingiennes. Les traces carolingiennes se concentrent dans la partie centre-orientale où furent fondés de nombreux monastères pour surveiller les voies transalpines comme à Müstair dans le Canton des Grisons en Suisse, Mals et Naturns dans le Tyrol sud, Castelseprio près de Varèse en Italie. Le petit temple lombard de Cividale del Friuli en Italie, proche de la frontière slovène, est aussi un témoignage important de cette période.

 

 

Le Roman

L'art roman dans les Alpes est à l'image du mouvement qui se déroule en Europe occidentale, placé sous le double signe de l'unité et de la diversité, conjuguant un certain conservatisme et innovations. Les formes dérivées de l'art paléochrétien se combinent avec celles des modèles germaniques. La charpente en bois tend à être remplacée par le voûtement en pierre.


Saint-Pierre d'Extravache (Savoie)

Le premier art roman influencé par l'italie du Nord (art lombard) se caractérise par la construction en moellons disposés en appareil régulier tandis que le deuxième art roman par un appareil soigné de pierres de taille. En Italie le baptistère est un édifice qui reste présent de manière significative. Plus que la sculpture, la peinture murale revêt une grande importance dans la décoration des églises alpines. Le foisennement des monastères témoigne d'une intense activité sprirituelle et artistique. Il peuvent être isolés (Grande Chartreuse en Isère) ou sur des lieux de pèlerinage (Sacra di San Michele à l'ouest de Turin).

Le Gothique

Par rapport au reste de l'Europe, le gothique fait son apparition tardivement dans les Alpes qui restent fortement liées à l'art roman. Les premières manifestations sont présentes en périphérie du massif avec le chantier de la cathédrale de Lausanne en 1173, plus tard au XIIIe l'abbatiale de Saint-Antoine-l'Abbaye en Isère et la basilique Sant' Andrea de Verceil.


Castello del Buonconsiglio (Trento)

Les zones alpines se trouvent au croisement du gothique international dit "art courtois", un art aristocratique marqué par le raffinement le souci du détail. La peinture est présente dans les châteaux par exemple à Manta près de Saluces ou dans celui du Buonconsiglio à Trente. De nombreux centres de production de manuscrits enluminés voient le jour. Les grands chantiers sont rares et définir une architecture gothique alpine serait vaine tant les divergences entre régions sont grandes. Après 1430 le réalisme flamand venant de la vallée du Rhin et de Bourgogne fait son apparition alors qu' est en train de naitre un nouveau courant qui va marquer l'Europe.


Arco (Dürer)

 

La Renaissance

À la Renaissance du "quattrocento", Leonard de Vinci, qui a un réel intérêt pour les montagnes et le paysage alpin, incarne la nature vitaliste, concept en vogue à cette période. Au XVIe (2nd Renaissance) l'Italie exerce un fort ascendant sur la culture européenne. Aux pèlerins s'ajoutent les diplômés, les scientifiques, les militaires et des touche-à-tout, qui inaugurent la vogue du « Grand Tour » culturel.
La cartographie est en plein développement. Des personnages aussi importants que Tshudi, Münster, Stumpf, Gessner, Simler ont déjà une vision de la montagne. Dans la peinture, l'image de la montagne est, pour de nombreux artistes, une rêverie figurative (Raphaël, Bellini, Titien, Tintoret, Véronèse, Mantegna, etc.) mais on voit apparaitre déjà chez d'autres peintres et graveurs des paysages d'un réalisme nouveau (Witz, Dürer, Leu, Deutsch, Altdorfer, Huber, etc.).

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La pêche miraculeuse - Konrad Witz - 1444
(Peinture considérée comme l'une des premières représentation réaliste des Alpes)

Le Baroque

Bien qu' élaboré dans les villes de plaines ayant ses origines en Italie, l'art baroque est omniprésent dans les Alpes. Il désigne à la fois un style et une époque. Composé de nombreux effets nouveaux, il se définit comme un spectacle, "l'illusion baroque". Dans les pays catholiques, majoritaires dans les états alpins, l'alliance entre le pouvoir dynastique et la hiérarchie ecclésiastique renforce leur influence sur le corps social. La puissance des monarques et de la Contre-Réforme triomphe.
C'est une conception révisée, semblable en intensité à la pénétration de l'art roman, qui entraine le remodelage et la création de nombreux édifices, autant religieux que civils, marquée par un dialogue permanent avec le paysage et un rapport dynamique avec l'espace. Il comporte des décorations spécifiques comme les colonnes torses, les volutes, les stucs ou les trompes l’œil, mais aussi des niches et des cartouches et des spécificités architecturales comme les coupoles, les escaliers monumentaux ou encore le "piano nobile".
La forme assure l’effet théâtral caractérisé par des façades dynamiques (ondulations, courbes et contre-courbes, ellipses, formes géométriques concaves et convexes).
Le baroque fait son apparition, en premier lieu, dans la partie occidentale de la chaine, en particulier à la suite de la restauration des états de Savoie par le Duc Emmanuel-Philibert parallèlement à des préoccupations urbanistiques.
L'art baroque pénètre très tôt en Bavière et se diffusera amplement dans la partie orientale après les traités de Westphalie (1648) qui ont mis fin à la guerre de Trente Ans. Dans l'Allemagne catholique, le baroque est vu comme une continuation du gothique avec un style plus décoratif que théâtral et des églises aux clochers à bulbes et sans coupole. En Autriche, la dynastie des Habsbourg, ardents défenseurs de la contre-réforme, dans la volonté d’affirmer le pouvoir d’un Empire favorise le développement de cet art. Le baroque urbain se réfère au baroque romain tandis que dans les zones rurales, la décoration des églises est proche du baroque allemand.
En France se développent les œuvres défensives, les places-fortes de l'ingénieur militaire Sébastien Le Prestre de Vauban pendant le règne de Louis XIV influençant l’architecture militaire en Europe. Les principaux sites dans les Alpes françaises sont Montdauphin, les fortifications de Briançon.
On trouve des manifestations du baroque dans le Comté de Nice (partie orientale du fleuve Var) et dans certaines vallées savoyardes (Maurienne, Tarentaise, Beaufortain, Val d’Arly).

"Théâtres de montagne"


Oropa

Les « Sacri Monti », un ensemble de chapelles disséminées le long d'un sentier qui porte à un sanctuaire sur un relief naturel, sont les outils idéaux pour canaliser la ferveur collective et les manifestations pieuses de la religiosité populaire. Les principaux se trouvent dans la région du Piémont en Italie et en particulier ceux de l'arc alpin comme Varallo (le plus ancien commencé en 1493 et le plus complet), Orta, Oropa, Ghiffa, Belmonte, Domodossola et en Lombardie Varèse et Ossuccio. Une architecture organique qui tente de recréer les lieux de la Palestine.

Le XIX

le siècle du « Neo »

Le patrimoine architectural des Alpes se transforme profondément au cours de ce siècle. Le tourisme investit les Alpes dès le XVIIIe siècle, mais le développement des séjours de villégiature, de cure ou de sports débute réellement avec la construction de voies de chemin de fer, vers le milieu du XIXe siècle. Jusqu’alors, le petit nombre de visiteurs ne nécessite pas de grosses infrastructures ; les touristes logent dans des auberges ou chez l’habitant. L’afflux de voyageurs à partir de la deuxième moitié du XIXe siècle occasionne l’édification de lieux d’accueil plus vastes.
Jusqu’à 1850, la plupart des bâtiments urbains sont marqués par le style néo-classique ; « structure à 3 niveaux colonnes et piliers, détails de décoration empruntés aux modèles de l’antiquité ou de la Renaissance, frontons et toits à faible inclinaison sont des éléments que l’on retrouve de Grenoble à Bolzano, en passant par Coira et Lugano. » Comme le définit Dave Lüthi. Mais le néo-classicisme pénètre également l’architecture religieuse, des spécimens remarquables sont visibles en Savoie, dans le Chablais, ainsi que l’habitat alpin comme à Zernez (Suisse).
Bien que ce type d’architecture domine, il n’empêche pas le développement d’autres tendances, comme le style néo-médiéval, l’ abbaye de Hautecombe (1825-1834) étant une manifestation représentative de ce courant.

L’apparition des stations de villégiature

Vers la deuxième moitié du XIXe siècle, les premières stations d’altitude font leur apparition. Ces territoires autrefois désertés et inaccessibles deviennent des lieux de fréquentation touristique à vocation sanitaire (sanatoriums), dans un premier temps puis sportive. La Suisse est le premier pays à connaître ce phénomène, suivi de la l’Italie, la France, l’Allemagne, l’Autriche et la Slovénie  dans le dernier quart du XIXe siècle.
Le thermalisme génère la réalisation de structures néo-classiques et néo-renaissantes comme « Il Kurhaus di Saint Moritz », ou « l’Hôtel Kursaal del Maloja » en Engadine. Sur les rives des lacs, les grands hôtels arborent un style d’architecture emprunté alla Riviera méditerranéenne ; éléments neo-baroques, jardins ornés de palmiers et de plantes exotiques. Cette architecture prend en compte également les progrès techniques. L’électricité fait une apparition précoce dans le secteur hôtelier, les salles de bains à l’étage et le chauffage central améliore considérablement le confort de ces établissements.

Naissance d’un folklore alpin


Neuschwanstein

Les botanistes s’intéressent de près à la flore alpine. La nécessité de protection de ces espèces particulières engendrera la création de jardins alpins qui recèlent des spécimens issus des cimes les plus hautes, alpines, mais aussi andines ou himalayennes.
Le chalet compte parmi les manifestations de ce nouveau folklore. À l’origine un chalet est avant tout une construction purement traditionnelle montagnarde, faite pour l’habitat de montagne exclusivement. Il s’agit d’une habitation dite rurale originaire des pays tels que, Suisse, Autriche, Allemagne et la région de la Savoie. Le chalet est à ses débuts construit généralement de madriers de bois avec un toit en saillie qui est recouvert de bardeaux ainsi que de pierres, cela dans le but de retenir la neige, principal environnement de la montagne.

Du bâtiment purement utilitaire, c’est-à-dire utilisé en tant que grenier, abri d’alpage, le chalet en bois est ensuite devenu l’habitation alpine par excellence. Représentation de la montagne, de l’écologie et de la nature, la Suisse fait du chalet un symbole de l’architecture nationale. Les stations, les églises, les hôtels, les magasins adoptent cette forme d’architecture organique.
Parallèlement à cette architecture rurale, une sorte de réaction s’organise et se traduit par des constructions inspirées de la villa bourgeoise, plus urbaine qu’alpine. Les châteaux au style grandiloquent, perchés sur des éperons rocheux, à l’instar du fameux château de Neuschwanstein, voulu par Louis II de Bavière, héros du kitsch, expriment la volonté d’affirmer un pouvoir.
Le style régionaliste qui marque notoirement la production de la fin du XIXe, entraine des phénomènes très diversifiés et parfois contradictoires ; certains refusent la modernité, d’autres par contre prônent un certain anti-académisme.
A l’aube du XXe siècle, la belle époque insuffle au massif un style nouveau et autonome.

Le XX

L'explosion des stations de sport d'hiver d'altitude

Saint-Moritz, dans le canton des Grisons en Suisse, est la première station de sports d'hiver à voir le jour non seulement dans les Alpes, mais également au niveau mondial. C’est au pionnier de l'hôtellerie, Johannes Badrutt, créateur de l’hôtel KULM que l’on peut attribuer cette paternité. En 1864, il engage un pari avec des curistes anglais fréquentant son établissement durant l’été, leur soutenant qu’ils pourront jouir d’un ensoleillement identique pendant la saison froide. En réussissant son défi, il devient par la même occasion l’inventeur des sports d’hiver.


Sankt Moritz

Les premières remontées mécaniques datent du début du XXe siècle. Les premières stations hivernales voient le jour d'abord entre 1 000 et 1 500 mètres. En France, la journaliste et alpiniste Mathilde Maige-Lefournier ainsi que la Baronne Noémie de Rothschild plaident en faveur de la construction d’une nouvelle station à Megève. Celle-ci s'effectuera en deux temps : amorcée en 1913-1914, stoppée par la guerre elle reprend en 1919-1921. Le domaine du Mont d’Arbois, dans lequel s’est particulièrement investi la famille Rothschild est inauguré en 1922.

Autour des années 1920, on assiste à une importante colonisation des territoires d'altitude destinés au tourisme. On projette la construction de stations exclusivement réservées à la pratique du ski, à des altitudes supérieures à celles des centres de villégiatures du premier tourisme alpin. C'est le cas de la ville de Sestrière dans le Piémont située à 2 035 m et dont le cœur fut édifié entre 1932 et 1939 par la volonté du sénateur et propriétaire de la FIAT Giovanni Agnelli et de l'ingénieur Vittorio Bonadè Bottino. L'Alpe d' Huez localisée à 1 860 m commence véritablement à se développer à partir de 1935.

De nombreux architectes de réputation mondiale vont se confronter au thème de « l'architecture alpine ». Entre la doctrine rationaliste et l'imitation de l'architecture traditionnelle alpine de matrice rurale, existe-t-il une architecture alpine ? » Se demande Antonio de Rossi. L'architecte et urbaniste en chef de la station de Courchevel, Laurent Chappis, imagine une « montagne humaniste dans le contexte d'un grand parc international des Alpes européennes ».

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