LES ALPES
Photographie

La photographie dans les Alpes

De 1826, date de la découverte de l’héliographie par Nicéphore Niépse, à nos jours, la photographie s’est emparée de la montagne.

En 1839, Louis Daguerre met au point le "daguerréotype" à partir de la création de Nicéphore Niépse. Le procédé consiste à fixer sur une plaque de cuivre, couverte d'argent plaqué et développée à la vapeur d’iode, l’image obtenue dans une chambre noire. Ce support lustré présente un résultat sans grain, aux tonalités fines et nuancées. Cette invention remporte immédiatement un succès international de telle sorte que, la même année, l’État français achète le brevet pour le verser dans le domaine public.

Des photos de poids

Malgré le poids et l’encombrement des appareils, une expédition photographique est organisée dans les Alpes bernoises en 1849-1850 sur le glacier de l’Unteraar.

Le panorama du massif du Mont-Blanc composé de 12 vues, exécuté par Martens sera présenté à l’exposition universelle de Paris en 1855.

Les croquis qui illustrent les comptes rendus des expéditions scientifiques et sportives sont peu à peu remplacés par des photographies, plus neutres et plus génératrices d’émotions.


Chambre noire et sa base, appareil photographique utilisé pour les voyages photographiques d'Aimé Civiale. L'ensemble des appareils photographiques, joint au bagage personnel atteint un poids de près de 250 kilogrammes.

Le géographe Élie de Beaumont et le photographe Aimé Civiale réalisent un travail colossal sur l’arc alpin ; six cents clichés et quarante-et-un panoramas circulaires. Un matériel lourd, encombrant et fragile leur permet d’accomplir cet exploit. Le plus jeune des frères Bisson, Auguste-Rosalie, gravit le Mont-Blanc pour effectuer une vue d’ensemble du sommet. Il est accompagné de vingt-cinq guides et porteurs et d’un alpiniste et peintre, Gabriel Loppé.

Alpinisme et photographie : un couple souvent indissociable

Les Alpes séduisent des photographes réputés tels, l’éditeur français Adolphe Braun, le spécialiste des photographies de voyage pour la reine Victoria l’ Anglais William England ou encore l’Autrichien Gustav Jägermayer engagé en 1863 pour une mission photographique dans les Hohe Tauern.

Les associations d’alpinistes, clubs alpins, créent une émulation autour de cette pratique. De la section briançonnaise aux alpinistes du Trentin, de 1879 à 1882, les clubs recrutent des photographes pour exécuter des campagnes régionales et mettront l’accent sur la formation de leurs adhérents.

Quelques personnalités emblématiques émergent au sein cette nouvelle discipline

Le Suisse Jules Beck dresse un portrait de la Suisse, puis du Tyrol, tandis que l’Autrichien Friedrich Simony s’intéresse aux Alpes salzbourgeoises. L’alpiniste anglais William Frederick Donkin est considéré comme le meilleur expert du moment immortalise la chaine alpine à partir de 1877 jusqu’à sa disparition dans le Caucase.

Son rival l’Italien Vittorio Sella, dont le talent est décelé par l’alpiniste anglais Douglas Freshfield, se positionne avant tout comme un photographe.

Les deux photographes utilisent un matériel différent, le Suisse en raison de ses activités sportives fait appel à un matériel de moyen format (dimension 13X19 centimètres) offrant une bonne qualité pour un encombrement limité, tandis que l’Italien travaille avec un appareil de 24X30 centimètres, puis plus tard 30X40 centimètres.

Naissance du livre illustré

En 1889 la publication d’un portfolio par Oskar Eckenstein et August Lorria intitulé The Pennine Alps, permet de découvrir des montagnes inconnues. Ce livre qui met en valeur l’aspect alpin et en particulier l’escalade est illustré d’une centaine de photos imprimées en héliogravure. Ce procédé nouveau offre la possibilité de conserver au fil du temps une excellente qualité des clichés. Ainsi, ces deux grands volumes regroupent-ils les œuvres de photographes alpinistes comme Donkin, Sella, etc.

Les topographes s’emparent de cette nouvelle technique

Dès 1860, Aimé Laussedat, les cousins Joseph et Henri Vallot suivi de Paul Helbronner, exécutent des relevés topographiques.

« Les ailes et les Alpes »

C’est le titre de l’ouvrage publié en 1929 par le pilote, alpiniste et photographe Walter Mittelholzer, qui regroupe six mille photographies aériennes. Le pionnier en la matière est le Suisse Eduard Spelterini qui réalise en 1898 les premières vues de ce type depuis une montgolfière.

Vers une miniaturisation du matériel

Dès le début du XIXe siècle, les appareils gagnent en compacité et en légèreté. La Box camera de Kodak compte parmi les nouveautés décriées par les partisans des formats traditionnels qui déplorent une diminution de la qualité. Pourtant l’apparition de ces appareils plus maniables marquera un tournant décisif dans la photographie d’alpinisme. L’arrivée du Leica 24X36 millimètres en 1925 permet de franchir un nouveau pas.

Parallèlement aux améliorations techniques, Le statut de la photographie de montagne évolue. Des clichés figurent désormais dans des ouvrages illustrés. Les sujets se diversifient : des images de ski et d’alpinisme viennent compléter la production traditionnelle. Les acteurs de cette production sont nombreux : les frères Wherli de Zürich, les Tairraz de Chamonix, les Francou de Briançon, les Tyroliens Leo Bährendt et Adalbert Defner ou Giuseppe Ghedina, les Pedrotti en Italie, etc.

Une activité pleine d’avenir

Grâce à la qualité croissante de l’impression, des publications remarquables apparaissent entre les deux guerres. Marcel Ichac, Cesare Giulio ou encore Frank Smythe, André Roch, Émile Gos saisissent de magnifiques paysages alpins. Avec la montée des nationalismes la montagne sert de faire valoir au héros immortalisé sur la pellicule souvent aux côtés du Duce ou du Führer.

Après la Seconde Guerre mondiale, la rencontre du photographe chevronné Georges Tairraz et de Gaston Rebuffat grand alpiniste et talentueux écrivain donne naissance à une collaboration fructueuse qui renouvelle l’image de montagne. Leur œuvre exercera une influence considérable qui dépasse largement le cadre alpin.

À partir des années 1970, les revues spécialisées participent au développement de la photographie de montagne. La diversification des activités pratiquées dans ce milieu offre de nouvelles opportunités aux photographes professionnels qui s’associent souvent à des sportifs notoires ; ainsi se forment des couples célèbres comme Patrick Edlinger et Gérard Kosicki, Patrick Berhault et Bernard Giani, Catherine Destivelle et Robert Nicod, Stefan Glowacz et Uli Wiesmeier.

Au cours de ces dernières années, des artistes plasticiens utilisent la photographie pour exprimer leur propre vision de la montagne ; le Tyrolien Walter Niedermayr, l’Allemand Andreas Gursky ou l’Italien Luigi Ghirri. Ils succèdent ainsi à Jacques-Henri Lartigue, Willy Ronis, Robert Doisneau ou plus récemment Shiro Shirahata, Jean-Philippe Charbonnier, Jean Gaumy.


© Lois Hachenblaikner - Hinter den bergen

Photographie-Références bibliographiques