LES ALPES
Vue d'ensemble de la chaine alpine

Les Alpes : une grande montagne européenne et une référence dans le monde entier

Cette chaîne de montagnes se singularise par une multitude de spécificités qui suscite depuis longtemps la curiosité des géologues, géographes, historiens, démographes, ethnologues, anthropologues, alpinistes, etc., mais aussi la crainte mêlée de fascination de ses propres habitants…
« Dieu l'étrange pays ! et comment se trouve-t-il des hommes qui veuillent l'habiter ? Ce ne sont que montagnes et rochers, précipes et torrents. Tout y est affreux. Rien n'y est agréable. » (propos d'un voyageur du XVIIe siècle)

En effet, hormis la période de la Renaissance du XVIe siècle (au travers, notamment, de la littérature et de la peinture), on peut dire que jusqu'au XVIIIe siècle, les montagnes effrayaient plutôt leurs occupants, même si la transhumance des troupeaux, du fait des itinéraires escarpés empruntés, exigeait parfois des bergers de véritables prouesses sportives et l'audace d'alpinistes chevronnés. Mais cette puissante nature a su aussi se montrer généreuse, grâce entre autres aux ressources minières qu'elle recèle, et s'est peu à peu laissée dompter par le génie humain.

Un monde lumineux

L'étymologie du nom « ALPES » gravite principalement autour de deux notions : les notions de blancheur et de hauteur, d'élévation (origine préceltique indo-européenne). À ces deux notions vient s'en ajouter une autre quasi mystique, une sorte de synthèse des deux autres, celle de « monde lumineux » « monde d'en haut ».

Une montagne peuplée

Une des particularités des Alpes réside dans leur densité humaine et leur développement économique. Dans les limites de la Convention Alpine, cet espace compte 14 millions de personnes.
Comment ce rempart alpin a-t-il autorisé la circulation des biens et des personnes, et ce, depuis l'époque néolithique avec une intensification au XXe siècle ?
Cette barrière naturelle où règne un climat rigoureux, « infames frigoribus Alpes » écrivait déjà l'historien romain Tite-Live, où la raideur des parois semble infranchissable, est en réalité sillonnée de multiples canaux tracés par les rivières et les glaciers qui ont favorisé les déplacements humains. La situation même de cet espace si singulier au cœur du continent européen, trait d'union entre les mondes humides océaniques, les froides plaines continentales de l'Est et la douceur de la Méditerranée, a créé les conditions de convergence de peuples variés où de multiples langues et dialectes cohabitent en harmonie.

Études alpines-Références bibliographiques

Géographie :

 

Définir les Alpes

Il existe une multitude de définitions des Alpes… Tous ceux qui se sont intéressés aux Alpes leur ont attribué une définition parfois arbitraire liée à leur propre histoire, culture et sensibilité.
Les représentations sont différentes selon les époques, les pays, les populations et les catégories de la société.

Un espace homogène et varié

Nous venons d'évoquer quelques raisons du paradoxe d'un peuplement dense dans ce milieu relativement hostile. En réalité, cet environnement si particulier n'est pas totalement uniformisé, il présente de nombreuses variations climatiques et morphologiques, à tel point que les limites mêmes des Alpes sont sujettes à certaines divergences qui ne remettent pourtant pas en question fondamentalement l'idée que l'on se fait du massif.

Un massif puissant en Europe


Mont-Blanc

Les Alpes épousent la forme d'un arc de cercle dans la partie occidentale, qui s'étend, classiquement, du col de Cadibone (Colle di Cadibona ou Bocchetta d'Altare), au nord de Savone en Ligurie (on évoque aussi le Passo dei Giovi au Nord de Gênes), jusqu'au canton du Valais en Suisse, pour s'étirer ensuite de manière plus rectiligne jusqu'à Vienne en Autriche et la plaine pannonienne. Si l'on suit la ligne de partage des eaux principale séparant le bassin danubien du bassin Adriatique, elles se prolongent aussi jusqu'au karst slovène et aux Dinarides, soit une longueur comprise entre 1 100 et 1 200 km.
La plus grande largeur, qui s'aligne sur l'axe du Brenner, entre les derniers contreforts finissants sur le plateau bavarois au sud de Munich en Allemagne, et les derniers contreforts préalpins au nord de Vérone en Italie, atteint entre 250 et 280 km kilomètres tandis que la partie la plus étroite qui prend forme entre Ivrea et le point où le Rhône se jette dans le Lac Léman n'excède pas 120 à 130 kilomètres. La surface globale peut-être évaluée entre 180 000 et 220 000 km² suivant les limites que l'on se fixe. (voir superficie)
Dans la cadre de la Conventon Alpine elle est de 190 959 km².
Avec ses 4 810 mètres, le Mont-Blanc domine tous les sommets du massif.

Détails : Limites de l'espace alpin

Tableau des massifs alpins possédant des sommets à + de 4000 m avec point culminant

Massif du Mont Blanc - Gruppo del Monte Bianco - Montblanc-Gruppe (F/I)

Mont-Blanc 4810 m

Walliser Alpen - Alpes Valaisannes - Alpi Pennine (CH/I)

Dufourspitze 4634 m

Berner Alpen - Alpes Bernoises - Alpi Bernesi (CH)

Finsteraarhorn 4274 m

Massif des Écrins (F)

Barre des Écrins 4101 m

Gruppo del Gran Paradiso-Massif du Grand Paradis (I)

Gran Paradiso 4061 m

Bernina Gruppe - Gruppo del Bernina - Massif de la Bernina (CH/I)

Piz Bernina 4049 m

Liste complète des 4000 des Alpes

Mais ces dimensions demeurent subjectives et les choses se compliquent suivant le choix des critères, qu'ils soient orographiques, administratifs, touristiques, basés sur des régions naturelles, anthropogéographiques, biogéographiques ou autres. On s'aperçoit rapidement que les susceptibilités s'exacerbent autour de cet épineux problème…

Détails : Divisions de la chaîne alpine

Géographie-Références bibliographiques

Le Milieu naturel :

Géologie

Une étude récente

Bien que l'homme se soit depuis longtemps interrogé sur l'histoire de la Terre, le mot géologie apparaît seulement vers la fin du XVIIIe siècle.
La chaîne alpine est la première zone montagneuse étudiée ayant donné lieu à une interprétation cohérente.
Horace Bénédict de Saussure demeure un précurseur au travers de ses « Voyages dans les Alpes » à la fin du XVIIIe siècle.
Au début du XIXe siècle, deux écoles s'affrontent : les « Plutonistes » et les « Neptunistes ». Dans le dernier tiers du XIXe siècle les travaux d'Edouard Suess feront grande impression. Il en suivra l'important apport de Marcel Bertrand père de la notion des nappes de charriage.
Cette vision claire et structurée des Alpes sera confirmée par la théorie de la dérive des continents imaginée par le météorologue Alfred Wegener, en 1912. Grâce aux nouvelles découvertes de la géophysique, elle sera réactualisée sous une formulation plus moderne : la tectonique des plaques.

La formation de la chaîne

L'élaboration de l'édifice alpin s'est étalé sur une longue période (plus de 100 millions d'années). À l'échelle de la Terre ce sont des montagnes jeunes.
Autour de 245 Ma environ, la terre est constituée d'un continent unique, la Pangée, et d'une vaste masse d'eau. Au Trias (245 à 210 Ma), première période de l'ère secondaire, ce continent se morcelle en deux grands blocs Laurasie et le Gondwana.
Dans un premier temps, un fossé d'effondrement (ou rift) se forme entre ces deux continents au Jurassique inférieur ou Lias (205 à 180 Ma). Il en suivra une phase d'océanisation qui donnera naissance à un océan, la Téthys. Un de ses secteurs, appelé océan liguro-piémontais, correspond à l'emplacement des futures Alpes.
Cette mer de faible profondeur va déposer d'épaisses couches de sédiments durant l'ensemble du stade Jurassique moyen (Dogger 180 à 150 Ma) jusqu'au crétacé inférieur (150 à 100 Ma), tandis que les plaques tectoniques européennes et africaines en phase de divergence laissent apparaître une plaque océanique engendrée par un réservoir magmatique et composée de roches volcaniques (ophiolites ou trilogie ophiolitique composée de péridotites serpentinisées, gabbro, basaltes).
Au stade du crétacé supérieur (100 à 70 Ma), les plaques continentales entrent en phase de convergence. Ce phénomène, dû au processus de subduction de la plaque océanique qui s'enfonce sous la plaque continentale, est à l'origine du plissement alpin (plissement des Alpides 100-20 Ma) conséquence de la progression de la plaque africaine vers le Nord. Pendant cette période on assiste à la naissance d'un deuxième océan dit valaisan. Aux alentours de 50 Ma a lieu la collision entre les deux marges continentales, européenne et adriatique (microcontinent apulien). L'éperon apulien vient buter contre les massifs plus anciens formés au cours de l'ère primaire (400-245 Ma) Maures, Massif central, Vosges, Forêt-Noire, Monts de Bohême, et acquiert de ce fait l'orientation ouest-est qui caractérise la chaîne ainsi que sa forme arquée dans sa partie occidentale.

La structure

Géologiquement les Alpes sont constituées de deux grandes parties. À l'ouest, une unité appelée "marge continentale européenne" ou "domaine continental européen" et à l'est une unité appelée "marge continentale africaine" ou "domaine continental apulo-africain".

Ces deux parties peuvent elles-mêmes se fractionnées en :
1) Alpes occidentales et Alpes centrales deux ensembles au sein de la marge continentale européenne.
2) Alpes orientales et Alpes méridionales deux ensembles au sein de la marge continentale africaine.


Schéma structural

Les subdivisions structurales diffèrent des unités décrites ci-dessus dans la partie occidentale.
Les Alpes occidentales et centrales correspondent à la zone externe helvétique - dauphinoise et à la zone interne pennique qui garde les restes des océans primitifs liguro-piémontais et valaisan. Elles sont séparées de la zone externe par le chevauchement pennique frontal ou front pennique.
Les Alpes orientales correspondent à la zone interne austro-alpine alors que les Alpes méridionales correspondent à la zone interne sud-alpine. Elles sont séparées par la ligne ou faille insubrienne ou péri-alpine, importante faille traversant toute l'Italie depuis le Canavese et s'étendant jusqu'au bassin pannonien.
De manière générale la chaîne des Alpes est constituée d'un ensemble d'unités structurales charriées les unes sur les autres.
Les Alpes sont composées de différents types de roches telles les roches cristallines, métamorphiques, sédimentaires et détritiques, les roches volcaniques étant plus rares.

Détails : Géologie des Alpes

Géologie-Références bibliographiques

Le relief

Le relief alpin offre des aspects d'une exceptionnelle diversité : cirques glaciaires, aiguilles de granite et tours dolomitiques, dômes de schistes ou de flysch, grandes parois, plateaux calcaires préalpins creusés de profondes gorges, falaises vertigineuses, grottes et combes spectaculaires, moraines et éboulis, paysages cultivés en terrasses, marais et zones lacustres, obscures forêts de résineux ou mélézins clairsemés, alpages fleuris et paisibles pâturages, cascades bouillonnantes, torrents impétueux ou rivières tranquilles.

Une orogénèse complexe

Ce puissant processus géologique a engendré un territoire de hautes montagnes au cœur d'un espace de transition entre la Méditerranée et une région tempérée fraiche. Il constitue l'articulation majeure de la topographie du continent européen.

En règle générale les forces du soulèvement et de l'érosion par les eaux et les glaciers parviennent à s'équilibrer.

« Le trait capital de L’Europe occidentale et centrale est la présence d’une puissante chaine de montagne qui s’interpose entre les plaines septentrionales et le monde méditerranéen. Mais la muraille est ajourée de fissures. Elle est parcourue de corridors qui l’échancrent largement et à l’amont de ces amples balafres, les crêtes peuvent se déployer en cols. Ainsi, la masse n’est pas imperméable, il est possible de se glisser à l’intérieur »
Raoul Blanchard, Les Alpes et leur destin, 1957.

La puissance de l’érosion

Altitudes absolues, verticalité des pentes, ampleur des dénivelés constituent quelques atouts du « Capital de beauté » qu’évoque Paul Veyret. Il s’explique par la combinaison de mouvements tangentiels et verticaux, la variété des roches impliquées dont certaines d’origine hercyniennes. La jeune chaine continue son lent mouvement de surrection qui semble imperceptible. En revanche, l’action de l’érosion par les eaux courantes, les glaciers, la neige et le cryoclastisme (action alternée du gel et du dégel qui désagrège les roches) s’avère beaucoup plus visible.

L'étroite relation entre le climat et le relief

Lorsqu'on parle d'érosion, on ne peut faire abstraction des facteurs climatiques qui jouent un rôle de premier ordre dans le façonnement du relief.

Le climat

Les climats de l'arc alpin

L'arc alpin se positionne à un carrefour climatique qui combine des composantes atlantique, méditerranéenne et continentale (Eurasiatique) avec un « potentiel vertical » car l'élévation joue un très grand rôle.
Il est possible de déterminer 4 ou 5 tendances ;
- Océanique sur les bordures occidentales et septentrionales, humide et froid.
- Continental sur la partie orientale ainsi que dans la zone intra-alpine avec de fortes amplitudes.
- Méditerranéen particulièrement fort sur les Alpes françaises du sud, Alpes Ligures et marginalement sur le sud du Piémont, sec et chaud.
- Insubrien (à forte influence méditerranéenne) d'Ivrea à Ljubljana dépendant de la plaine du Pô et du bassin Adriatique, chaud et humide.
- Polaire, lié à l'altitude, aux limites des neiges éternelles.

Quelques interprétations...
Werner Bätzing, par exemple, se réfère à quatre éléments essentiels.
- L'hypsométrie influence fortement le climat, car avec l'altitude, la température chute en moyenne de 0,55° par 100 m d'élévation.
- Les variations entre la marge alpine, influencée par l'air humide océanique, donnant de fortes précipitations et la zone intra-alpine, avec une tendance continentale entrainant de fortes amplitudes thermiques et un climat plus sec.
- Les paramètres en fonction de la latitude correspondent à une opposition entre un Nord froid et un Sud chaud.
- La distinction océanico-continentale oppose un flux qui passe d'un Ouest océanique humide à un Est continental sec. Mais cette tendance est relative, car on ne peut ignorer les influences de la méditerranée, caractérisées, par exemple, par de la sécheresse dans les Alpes françaises du Sud alors que les massifs proches de l'Adriatique, Alpes Carniques et Juliennes, sont copieusement arrosés.

Le projet Histalp, basé sur une étude historique du climat depuis 1760, dans un espace appelé "Grande Région Alpine" (Greater Alpine Region-GAR) situé entre 4° et 19° Est et 43° et 49° Nord, et une altitude comprise entre 0 et 3 500 m, fait une séparation des Alpes en quatre sous-régions climatiquement homogènes :
Nord-Ouest ; Sud-Ouest ; Nord-Est : Sud-Est, avec une prédominance des effets verticaux.
En combinant ces quatre zones, une régionalisation supplémentaire est possible à partir de :
- Gradients climatiques verticaux avec une sous-région de faible altitude (L-low) < 1 500m et une sous-région de haute altitude (H-high) > 1 500m.
- Gradient climatique dans la zone de transition entre les vents d'ouest au Nord à la Méditerranée au Sud en correspondant aux sous-régions du Nord (N) et Sud (S), avec une influence notable des Alpes comme barrière orographique.
- Gradient climatique causé par la continentalité croissante vers l'Est de l'Europe-(W-E) (sans influence de l'orographie alpine).
Le massif alpin se situe au confluent de trois zones climatiques ; une zone méditerranéenne, une zone tempérée fraiche et humide et une zone continentale. Ces grandes tendances s'accompagnent de quelques traits caractéristiques de l’ambiance climatique alpine.

Le pouvoir de l’altitude

Le phénomène essentiel est la rapide diminution des températures avec l’altitude ; elles chutent d’environ 0.55 degré par 100 mètres d’élévation. La raréfaction de l’oxygène entraine une intensification du rayonnement solaire et avec lui des variations notables entre l’adret et l’ubac impliquant des extrêmes au niveau de la présence des végétaux. Cet ensoleillement crée des conditions favorables à l’installation humaine à des altitudes non négligeables, et ce, au détriment des fonds de vallée privés d’insolation.

Les vents

Le relief alpin conditionne fortement l’ensemble des vents qui soufflent sur l’Europe occidentale et auxquels la chaine est exposée. Le cloisonnement des vallées, l’altitude, l’inégale distribution des pressions entre les zones externes et internes, ces facteurs multiples influent sur l’aérologie alpine.

Les vents externes

Les vents de Nord, les Bises des régions septentrionales ou le Mistral à des latitudes plus méridionales amènent le froid et la sécheresse.
Les vents d’Ouest/Sud-Ouest apportent les précipitations venant de l’Atlantique à l’instar des vents à tendance Est, souvent générés par une dépression en Méditerranée, comme la Lombarde, qui pénètre la chaîne jusqu’au Mont Blanc.

Les vents internes

Presque toutes les vallées connaissent des vents spécifiques résultant d’une opposition thermique entre les sommets qui se refroidissent et se réchauffent plus rapidement que les fonds de vallée. Ces phénomènes entrainent une pulsation quotidienne qui adopte le rythme suivant:
- la journée, la brise de vallée plutôt chaude et humide souffle de bas en haut (Talwind, Unterwind, Ora, etc.)
- en soirée et la nuit, la brise de montagne plus fraiche, descend des sommets vers la vallée.
(Bergwind, Oberwind, vent des glaciers, etc.)

Le Fœhn (Föhn)

« Un jour de Fœhn dévore autant de neige que 14 jours de soleil » dit un proverbe de l’Œtztal.

Le nom vient de la mythologie romaine « Favonius » (Grec : Zéphyr), vent d'ouest favorable, mais qui est en réalité sans direction prédéfinie. C'est un vent sec et chaud, engendré par la configuration morphologique générale du territoire et qui tire son origine d’une différence marquée de pressions entre deux versants de la chaine. On parle souvent d'« effet de Fœhn ».
Le domaine de prédilection de ce vent se situe principalement dans les vallées de l’arc alpin central ; Bas et Haut-Valais, les Grisons, Le Vorarlberg et le Tyrol, mais on le retrouve dans toutes les Alpes. Il est baptisé de noms divers issus d'expressions dialectales et locales comme "Schneefresser - mangeur de neige" au printemps, "Traubenkocher - cuiseur de raisins" à l'automne, "Türkenwind" au Tyrol, car il permet la maturation du mais, Tauernwind dans le Salzkammergut ou encore Jauk dans la vallée de la Drave.

Le Südföhn ou fœhn du sud

Illustration parfaite de cette manifestation climatique fréquente en hiver et demi-saisons, plus rare en été, permet d'expliquer ce phénomène.
Lorsqu'une dépression océanique (îles britanniques ou golfe de Gascogne) très creusée circule sur la partie externe des Alpes et que la pression est élevée sur l'Italie du Nord (bassin méditerranéen), l'air des vallées du versant nord est « siphonné » par la dépression. Sur la partie méridionale de la chaine, un courant frais s'élève et se charge en humidité se déversant sous forme de pluies abondantes, voire de neige. L'air déchargé de son humidité rejoint la ligne de crête où s'érige un mur de nuages, le Föhnmauer ou mur du fœhn. La température de l'air augmente à la fois par la condensation de la pluie et aussi au fur et à mesure qu'il descend sur le versant opposé, par effet de compression dû à une pression de plus en plus élevée. Ce vent chaud déferle avec violence dans les vallées du versant nord, prenant une vitesse considérable en dévalant la pente (pointes pouvant atteindre 120 à 150 km/h). Des écarts thermiques proches des 20° sont parfois observés au cours d'une même journée.

Le Nordföhn ou fœhn du nord

Il nait d' un contraste opposé à celui qui génère le Südföhn : une haute pression sur l'Atlantique voisin et une basse pression sur le nord de l'Italie. Il souffle en rafales sur la région des lacs insubriens, dans le Tessin appelé localement Tedesco ou Favonio, la Valteline, le Haut-Adige (Südtirol) ainsi que les bassins orientaux au pied des Tauern. Cependant son réchauffement est moindre à cause d'un air anticyclonal froid et sec.
Les effets de ce vent sont spectaculaires. Ses bienfaits climatiques sont indéniables, car il permet une meilleure utilisation des terres agricoles (viticulture) due à une fonte des neiges précoce ainsi qu'à des températures plus élevées, mais il est aussi dévastateur, provoquant avalanches et incendies. Par ailleurs, il n'est pas dénué de conséquence sur la santé de l'homme qu'il rend irritable, voire angoissé.

Les précipitations

Carte des précipitations annuelles moyennes dans les Alpes
min
max

Le relief influence fortement la répartition et l'abondance des précipitations.
Les zones les plus pluvieuses sont généralement celles préalpines hormis les Préalpes françaises du Sud.
Le climat méditerranéen a deux tendances : chaud-sec et chaud-humide (dit insubrien, mélé d'influences continentales).
La pluviosité augmente régulièrement avec l'altitude. Il existe toutefois des poches avec peu de précipitations et un climat sec, souvent en correspondance avec les grandes vallées longitudinales.

L’or blanc

Longtemps considérée comme un obstacle paralysant l’activité humaine et végétale pendant une longue période hivernale, la neige représente un atout économique majeur du monde alpin. L’avènement et la démocratisation des sports d’hiver sont à l’origine de la profonde mutation socio-économique alpine générée par le tourisme, avec les bienfaits et les méfaits que cela engendre.
« À partir de 1 500 mètres, il peut neiger à chaque mois de l’année », nous dit Paul Guichonnet dans « histoire et civilisation des Alpes ». Cependant, « l’épaisseur et la durée du manteau neigeux varient fortement en fonction des conditions locales de relief et d’exposition. La persistance de l’enneigement varie entre 8 à 10 semaines vers 600 mètres d’altitude, 20 à 28 semaines vers 1 400 mètres, 30 à 35 semaines vers 2 500 mètres. Cette durée est fortement variable d’une année à l’autre, extrêmement contrastée d’un versant à l’autre (déneigement précoce sur les adrets et persistance sur les ubacs).
La neige est un élément fondamental du climat alpin et sur les hautes régions, à l'origine des glaciers.

Climat-Références bibliographiques

Les glaciers, les lacs et les cours d'eau

Les glaciers au secours de l’homme

Les Alpes ont connu plusieurs phases de glaciation. Depuis 1850, fin du petit âge glaciaire, le volume total des glaciers alpins a diminué de moitié.
Il y avait, en 1850, près de 5 150 glaciers sur une superficie de 4 475 km² et pour un volume d'environ 200 km³.
En 1970 la superficie tombe à 2 909 km² pour un volume d'environ 130 km³, soit un recul de -35% par rapport à 1850.
Superficie estimée à 2 272 km² en l'an 2000.
Dans un nouvel inventaire des glaciers des Alpes européennes de 2003, la superficie est estimée à 2 050 km² pour 3770 glaciers et un volume total de glace de 114 km³, soit une épaisseur moyenne de glace de 55 m.

(source : WGMS - Michael Zemp, Martin Hoelzle, Wilfried Haeberli, Frank Paul.
A new glacier inventory for the European Alps from Landsat TM scenes of 2003: challenges and results - F. PAUL, H. FREY, R. LE BRIS - 2011)

Le glacier d'Aletsch dans l'Oberland bernois est le plus puissant des Alpes avec ∼ 23 km de long pour une superficie de ∼ 86 km²)

Les 5 périodes de glaciation du quaternaire

Ma : Million d’années.

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Glaciation de Würm, en pointillé les limites pendant la glaciation de Riss.

L'empreinte glaciaire que nous pouvons observer et qui survit à l'heure actuelle date de l'ultime glaciation dite de Würm. Les glaciers ont façonné les vallées en auge (vallée de Lauterbrunnen), modelé les cols (Col de Julier), foré et calibré les fameux sillons alpins, « Les chemins de ronde » qu'évoque Raoul Blanchard (Innstal, Grésivaudan), facilitant ainsi la circulation et aussi la sédentarisation de l'homme.
Les glaciers ont également creusé les cuvettes qui recueillent les eaux des lacs glaciaires, véritables mers intérieures, lac Léman, Bodensee, lac de Garde, lac Majeur, autour desquels fleurit l'activité humaine. À cette famille de lacs préalpins, on peut ajouter un autre groupe de lacs intra-alpins, de taille plus modeste, qui doivent leur origine à un barrage morainique ou d'éboulement. En outre, ils peuvent prendre place dans des conques creusées par d'anciens glaciers.

Glaciers-Références bibliographiques

Enfin, ils alimentent, au même titre que la neige et les précipitations abondantes, les grands cours d'eau alpins, le Rhin, le Rhône, le Pô, l'Adige (Etsch) ainsi que d'importants affluents du Danube tels que la Drave et l'Inn. La multitude de rivières et torrents, agencée en réseau de rivières longitudinales et de rivières transversales, fournit une source d'énergie précieuse. Le caractère particulier des cours d'eau alpestres réside dans ses différents régimes.
- Le régime glaciaire (l'Arve, le Rhône) implique un gonflement important de juin à août qui s'oppose à un débit hivernal particulièrement modeste.
- Le régime nival (Tessin, Drac, Brenta, Oglio, Adige) entraine un débit maximum au mois de mai période de la fonte des neiges.
- Au fur et à mesure que l'on se rapproche des régions périphériques, on passe par différents régimes, nival de transition (Arve à Genève, cours d'eau des Alpes juliennes, carniques et vénitiennes), nivo-pluvial (Préalpes humides), pluvio-nival (franges méditerranéennes).
Les glaciers, ornements de la haute montagne, les fleuves impétueux à l'écume irisée, les torrents fougueux aux eaux cristallines, comptent parmi les éléments esthétiques de l'iconographie alpine, mais ils sont également à l'origine de grandes catastrophes naturelles…

Détails : Hydrographie alpine

Hydrographie-Référence bibliographique

Les catastrophes naturelles

« Der Berg ist weder gerecht, noch ungerecht. Sie ist gefährlich.
La montagne n’est ni juste ni injuste, elle est dangereus
e.
La montagna non è né giusta né ingiusta. È pericolosa. » Reinhold Messner

Les avalanches

Une des calamités récurrentes des Alpes et des montagnes en général, est l'avalanche. C'est un phénomène qui conjugue à la fois le niveau abondant de la couverture neigeuse et de la pente, mêlée à des facteurs climatiques comme le vent.
Il existe plusieurs sortes d'avalanches comme l'avalanche de poudreuse, l'avalanche de plaque, les avalanches humides ou encore l'avalanche de printemps.
L'hiver 1951 fut un des plus neigeux et avalancheux depuis la petite ère glaciaire. Entre le 20 et 21 janvier seulement, il y eut 231 morts en Suisse, en Autriche et en Italie.
Durant ces quarante dernières années, l'hiver 1999, fut particulièrement riche en épisodes avalancheux faisant plus de soixante victimes dans les Alpes septentrionales : 12 morts à Montroc près de Chamonix, 12 morts à Evolène en Suisse, 38 morts à Galtür et Valzur en Autriche.

Crues et tempêtes

Il semblerait que leur fréquence a augmenté depuis 15 ans, en raison du réchauffement climatique.
Ce genre de catastrophe n'est évidemment pas typique de l'environnement alpin, mais certaines crues, par exemple, peuvent prendre des dimensions apocalyptiques.
La terrible inondation du Rossberg submerge en 1806, les villages de Goldau, Busingen, et Lowertz, dans le canton de Zoug en Suisse.
Plus près de nous, les longues pluies torrentielles de juillet 1987 ont provoqué le débordement de nombreux cours d'eau dans les Alpes centrales et orientales alors qu'un violent orage détruisit un camping au Grand Bornand, faisant 23 victimes.

Séismes et éboulements

Du fait de leur proximité avec la zone de contact entre la plaque africaine et la plaque continentale européenne, les Alpes connaissent une activité sismique qui se situe principalement dans les régions italiennes des Alpes, à l’ouest du lac de Garde, dans les Alpes Carniques, les Préalpes de Belluno, mais aussi sur l’arc piémontais en marge de la vallée du Pô, la Ligurie occidentale et la partie orientale des Alpes-Maritimes. Des tremblements de terre dévastateurs ont endeuillé la chaine alpine au cours des siècles ; le séisme de Villach (Carinthie) en janvier 1348 provoque la mort de plus de 1000 personnes, celui de 1887, dans la province ligure d'Imperia, occasionne le décès de 600 personnes, tandis que la secousse d’une magnitude de 6,4 degrés sur l’échelle de Richter dans les Alpes Carniques et dans le Frioul, le 6 mai 1976, prive de leur vie 994 habitants.

En ce qui concerne les grands éboulements, en règle générale, ils se situent principalement dans les zones calcaires des Alpes septentrionales et méridionales.
Le plus volumineux se produit à la fin de la dernière glaciation (environ 12 000 ans) à Flims dans les Grisons en Suisse : 15 km³ de terre et de roches s'étalèrent sur une surface de 10 km et une épaisseur de 600 m.
Le vignoble des Abymes de Myans se trouve sur les débris d'un immense éboulement. En l'an 1248, un pan entier du mont Granier, situé en bordure de la Chartreuse, s'effondre sur des villages faisant des milliers de morts.
Dans le Tessin en Suisse, en 1512, un glissement de terrain barre le cours du fleuve en amont de Biasca créant un lac naturel qui céda 2 ans plus tard en 1514 dévastant le village, une partie de Bellinzona et la plaine de Magadino avec presque 600 victimes.
Piuro (Plurns) dans la province de Sondrio en Italie fut balayé par l'effondrement d'une partie du Monte Garzone causant 1200 victimes.
Un pan entier se détache du Monte Toc dans le Frioul, le 9 octobre 1963 à 22 h 39, sur une longueur de 200 m, déverse près de 240 millions de m³ de matériaux à une vitesse estimée entre 60 km/h et 90 km/h dans le réservoir du barrage du Vajont, haut de 261m et contenant 150 millions de m³. Cet effondrement génère une vague, de proportion biblique, d’une hauteur de 200 mètres qui chevauche le barrage sans le détruire et engloutit Erto, Casso et Longarone emportant sur son passage près de 2000 personnes. Malheureusement, dans ce cas précis, il s'agissait d'un désastre annoncé.

Catastrophes-Références bibliographiques

Le sol et la végétation

Les sols des grandes montagnes s'opposent à la plupart des sols de plaine.
À la fois, les basses températures ralentissent leur évolution, et l'érosion les renouvèle régulièrement. Les sols sont formés fréquemment de dépôts comme les éboulis, les moraines, les alluvions déjà modifiés par les torrents, les glaciers, les glissements de terrain, etc. Les facteurs physiques ont une grande importance comme le gel, l'échauffement des parois rocheuses ou encore la formation sur les pentes d'un ensemble de sols liés appelés caténas (chaines de sols).
Les sols humides silicatés, très acides, appelés « ranker » dominent dans l'axe cristallin de la chaine tandis que les sols calcaires, basiques, appelés « rendzines » sont le règne des Préalpes.
La végétation est répartie le long de différents étages, selon des limites altitudinales, appelés, du secteur le moins élevé au plus élevé, collinéen, montagnard, subalpin, alpin et nival, qui varient en fonction de l'exposition et la latitude.
Les plantes de montagnes ou orophytes sont caractéristiques de l'étage montagnard et au-delà alors que la flore qui se développe à basse altitude a de nombreuses similitudes avec celle des plaines, il existe plusieurs ensembles dont les :
espèces de plaine ;
espèces orophytes (ensemble des massifs montagneux);
espèces d'origine boréale (arctico-alpine);
espèces méditerranéennes ;
espèces atlantiques (marginales) ;
espèces orientales (Ostrya astragales) ;
espèces endémiques.


Étages de la végétation :
étage collinéen jusqu'à 800 m, chênes, charmes, châtaignier et l'ensemble des cultures ;
étage montagnard de 800 à 1 500 m, hêtres, sapins, pin sylvestre, épicéa ;
étage subalpin de 1 500 à 2 200 m, pin à crochet, mélèzes, pins cembro et épicéa, arbrisseaux (landes à myrtilles, genévriers nains, rhododendrons, pelouses diverses) ;
étage alpin au-dessus de la côte 2 200 m.
Possibilités de sous étages et variation suivant l'exposition, l'humidité et la nature du sol.

L'espace alpin compte environ 13.000 espèces végétales dont :
5.000 espèces de champignons
environ 4.500 espèces de plantes vasculaires (représentent 39% de la flore européenne) ; environ 400 sont endémiques (près de 8% du nombre total d'espèces de plantes vasculaires sont endémiques à la région)
environ 2.500 espèces de lichens
environ 800 espèces de mousses
environ 300 espèces d'eupatoires

Flore & végétation-Références bibliographiques

Détails : Végétation

La faune


Marmotte

Les Alpes hébergent environ 30.000 espèces animales dont : (les chiffres ne sont qu'une estimation)
environ 20.000 espèces invertébrées
environ 200 espèces d'oiseaux nicheurs
environ 80 espèces de mammifères (y compris ceux qui ne touchent les Alpes que marginalement)
environ 80 espèces de poissons
21 espèces d'amphibien (parmi elles une espèce endémique)
15 espèces de reptiles

Faune-Références bibliographiques

Détails : Faune

L’impact de l’homme ou l’émergence du paysage alpin

Bien que les Alpes soient comme l'un des écosystèmes de montagne les plus intensément exploités dans le monde, elles continuent à maintenir un haut degré de naturalité.

Énergie du relief, larges et profondes vallées à fond plat et densément peuplées avec une extension de l'habitat sur les versants les plus ensoleillés s'élevant jusqu'à 1 800 mètres d'altitude, l'espace alpin bénéficie de nombreux secteurs au climat favorable au développement d'une économie agraire malgré les contraintes liées au milieu de haute montagne.
L'homme a du faire preuve de la plus subtile ingéniosité pour s'adapter à cet environnement. Selon le géographe Rémy Knafou, la nature alpine a tour à tour été « subie, dominée et prise en compte ». La phase de « domination » semble profondément engagée et inspire certaines craintes quant à l'avenir d'une cohabitation harmonieuse entre l'homme et la montagne. En outre, si le paysage bucolique trouve un écho favorable à nos représentations d'un idéal alpin, l'intervention humaine est à l'origine de catastrophes notables et le développement exponentiel des infrastructures liées au tourisme de masse suscite bien des inquiétudes légitimes.

Menaces sur l'écosystème

Selon le WWF (World Wide Fund), le souci de la conservation dans les Alpes est, en premier lieu, « la fragmentation excessive et la perte des habitats et des populations. Ceci menace principalement la permanence des grands carnivores (qui sont revenus naturellement ou ont été réintroduits dans les Alpes). De plus, la conservation alpestre doit faire face non seulement à des difficultés à protéger une assez grande superficie, mais aussi à la nécessité de s'occuper d'une région qui est habitée et exploitée par l'homme (par le tourisme, l'agriculture et les centrales / industrie ), ainsi que là où le facteur de pollution de l'air et de l'eau devient de plus en plus dangereux. Les politiques de conservation doivent donc faire face à des tendances telles que l'importante décroissance de l'agriculture traditionnelle, la haute intensité de tourisme, l' expansion des centres urbains et le développement de systèmes de banlieue. Cela signifie que toute action de conservation doit avoir de nombreuses facettes, y compris des sujets traitant le caractère naturel (sauvage), l'éducation, et les réseaux écologiques. »

Le cadre juridique fourni par la Convention alpine et la création du réseau Natura 2000 ont ouvert la voie à des mesures de conservation pan-alpin. Le WWF à mis en place un programme Alpin Européen (EALP) pour la protection des Alpes en collaboration avec quatre organisations alpines nationale WWF (WWF Autriche, WWF France, WWF Italie, et le WWF Suisse). La coopération internationale à travers les Alpes sera la clé pour sauver la nature alpine.

« Il a identifié les domaines les plus importants pour la protection de la diversité biologique alpine : les joyaux des Alpes (Gemstone Areas), des zones de protection prioritaire et les couloirs qui les relient entre eux (Connection Areas).

Pour y parvenir, le WWF travaille avec ses partenaires sur des actions innovantes en faveur de la protection et de l’exploitation durable de la biodiversité, conformément aux trois grands principes du Programme Alpin.
- considèrer la biodiversité d’un point de vue pan-alpin.
- identifier les lieux-clés - là où les mesures de protection seront les plus efficaces -sur le critère de leur biodiversité.
- améliorer les connexions entre les différentes zones naturelles pour rendre aux animaux des Alpes leur liberté de mouvement.
»

Réseaux alpins

Depuis sa création en 1952, la CIPRA-(Commission Internationale pour la Protection des Alpes) organisation non lucrative, non gouvernementale et indépendante, œuvre pour la protection et le développement durable des Alpes et « collabore avec un réseau international d’organisations, d’institutions et de particuliers ayant pour objectif de concilier l’équilibre écologique, la stabilité économique et le progrès social dans les régions de montagne du monde entier ».

Références bibliographiques : Milieu naturel - Espaces protégés

Histoire :

Primavera sulle Alpi (Giovanni Segantini)

De nombreuses traces de civilisation très ancienne attestent d'une présence humaine dans les Alpes et ce, dès le paléolitique (Aurignacien). Cette occupation du territoire alpin s'est perpétuée au fil des siècles, des pics de fréquention alternant avec des périodes d'exode, et l'existence d'un espace historique s'impose comme une évidence.

La Préhistoire et la Protohistoire

Préhistoire
Protohistoire
Pléistocène
Holocène
Paléolithique inférieur Paléolithique moyen Paléolithique supérieur Mésolithique
Épipaléolithique
Néolithique ancien Néolithique moyen Néolithique final
Âge du Cuivre Chalcolithique Âge du Bronze 1er Âge du Fer 2ème Age du Fer
-3 000 000 -120 000 -35 000 -12 000
à -9 000
-5 500 -4 500 -3 500 -3 000 -1 800 -750 -450 à -10
Oldowayen, Chelléen, Acheuléen, Micoquien, Clactonien. Moustérien, Tayacien,
Châtelperronien, Aurignacien, Gravettien, Protomagdalénien, Solutréen, Salpêtre, Magdalénien (Hallstatt) (La Tène) ou
« époque gauloise »

(les dates se situent toutes avant Jésus-Christ)



La présence de chasseurs-cueilleurs nomades dans les Alpes remonte au Paléolithique (âge de la pierre taillée). Cette période est marquée par les glaciations du quaternaire (cycle) qui ont conditionné la présence de l'homme à l'intérieur de la chaîne. Les traces de peuplement abondent surtout dans les régions circumalpines. Cependant, quelques indices attestent de la présence interne de l'homme de Néandertal lors du dernier interglaciaire Riss-Würm (-120 000 ans) mais toutes ces occupations restent brèves. Les chasseurs Moustériens néandertaliens occupent des grottes en altitude qui ont servi de repaire aux grands ours des cavernes.
Pendant la dernière glaciation (Würm) il y a -35 000 ans on assiste à la colonisation de l'homme de Cro-Magnon. À partir du Mésolithique (-10 000 ans), le climat s'adoucit facilitant l'accès dans les massifs, même dans les zones élevées.
Le Néolitique (âge de la pierre polie) atteint les Alpes avec un retard de 4000 à 2000 ans. Une nouvelle société, plus sédentaire, d'éleveurs-agriculteurs voit le jour. Ces populations ont à la fois, traversé et occupé le territoire alpin. Émergent alors trois types d'activité économique : la transhumance, l'agriculture et l'exploitation minière qui se développe pendant l'Âge des métaux.
Les zones préalpines voient l'installation de lacustres, premiers agriculteurs et éleveurs qui ont colonisés les bords de lacs et de rivières ainsi que les marais. On trouve dans l'espace périalpin en milieu lacustre, de nombreux vestiges de villages de palaffites, datant de 5000 à 500 av. J.-C. (en Suisse de 4300 à 800 av. J.-C.), comprenant ainsi le Néolithique (âge de la pierre polie), l’âge du Bronze et le début de l’âge du Fer.
Bien que les pôles de civilisation se concentrent donc en bordure des lacs de basse altitude (période palafittique), on assiste, à partir de l'Âge du Cuivre et surtout celui du Fer, à une accentuation de la pénétration humaine à l'intérieur des vallées ainsi que le franchissement des cols principaux.
À l'époque de Hallstatt (premier âge du Fer), l'extraction du fer et du sel remplace celle du cuivre. Cette exploitation procure à la communauté de Hallstatt (Salzberg), bourgade, située au coeur des hautes montagnes du Salzkammergut en Autriche, une extraordinaire richesse. Près de 3 000 tombes s'échelonnant sur cinq siècles témoignent de la présence humaine dans cette région.
L'ouverture progressive de nombreuses régions alpines date de la recherche et de l'extraction du fer, ainsi que du commerce des produits miniers. Le second âge du Fer voit l'arrivée de populations celtes (Ligures au sud-ouest, Rhètes au nord-est, Lépontiens au sud de la partie centrale, Vénètes au sud-est) qui contribueront à donner un visage humanisé aux Alpes.

La perméabilité des Alpes à l'époque romaine (25 av. J.-C - IV s.)

« L'histoire des Alpes est intimement liée à l'histoire des communications » pensaient Paul et Germaine Veyret.
L'époque romaine illustre parfaitement l'idée selon laquelle les Alpes constituent un lieu de passage leur conférant ainsi un rôle européen majeur.

Alors que les Grecs se sont cantonnés à l'exploration des rivages méditerranéens, les Romains en revanche guidés par leur politique de conquête, malgré leur intérêt peu marqué pour le massif, l'on traversé en empruntant les routes qu'ils ont eux-mêmes tracées, dessinant ainsi les axes majeurs de même que le contrôle de ses principaux passages (Genèvre, Petit-Saint-Bernard, Grand-Saint-Bernard, Splügen, Maloja, Septimer, Julier, Reschen, Brenner) .
La conquête romaine des Alpes se déroule durant une période se situant entre 25 et 13 av. J.-C. Esquissée par César, elle s'achève avec la soumission des tribus montagnardes par Auguste, comme en témoigne le "Trophée des Alpes" à la Turbie (Alpes-Maritimes) érigé en 13 av. J.-C. sur lequel sont répertoriées les 45 populations vaincues. Les Alpes sont alors intégrées aux provinces romaines (Alpes maritimes, Cottiennes, Grées, Rhétie, Norique). Les Romains, pour mieux régner, ont toujours été contraints de s'appuyer sur l'élite locale, privilégiant l'intégration au système romain, créant les conditions d'une soumission volontaire. La Pax Romana qui durera jusqu'au règne de Marc-Aurèle (161-180) assure une certaine prospérité.
Durant cette période, l'essor de la vigne et de la châtaigneraie, qui augmente sensiblement la surface des terres de productions entre 800 et 1 200 m, l'industrie de la céramique, l'exploitation des mines de fer de Styrie participent à l'essor de l'économie alpine. L'intensification de l'agriculture est à l'origine d'une densification de la présence humaine.
Parallèlement, l'urbanisation connait un grand développement avec l'augmentation du nombre de villes à l'intérieur des montagnes (Embrun-Eburodunum ; Darentasia-Moutiers ; Aoste-Augusta Prætoria ; Trente-Tridentum ; Martigny-Octodurus ; Coire-Curia ; Bolzano-Pons Drusi ; Innsbruck-Veltiden ; Villach-Santicum, etc.) et dans les zones périalpines (Aix en Provence-Aquae Sextiae ; Turin-Augusta Taurinorum ; Zurich-Turicum ; Vienne-Vindobona ; Aquileia, etc.). Ces villes jouent un rôle administratif, commercial et artisanal tandis que la campagne alpine produit des denrées pour ces mêmes villes et pour elle-même créant ainsi la première interaction ville-campagne dans les Alpes.
La romanisation a marqué de sa profonde empreinte l'organisation sociale, ainsi, les diocèses adopteront-ils les circonscriptions administratives romaines. La langue latine s'est transmise jusqu'à nos jours comme le démontre la persistance de trois groupes linguistiques distincts : le rhétoromanche des Grisons, le ladin dans les hautes vallées dolomitiques et le frioulan dans la Vénétie orientale. Les structures culturelles de l'Empire romain ont bien souvent survécu aux grandes invasions (IIIe-VIe siècles).


Bénédict Masson-Hannibal franchissant les Alpes,1881

Les invasions du haut Moyen Âge : germains et slaves (Ve-Xe s.)

Après la chute de l'Empire romain, en 476 ap. J.-C, les Alpes sont traversées, au moyen des itinéraires établis par les Romains, par les peuples germaniques du nord et du nord-est (Ostrogoths, Lombards, Bajuwares, Marcomans, Francs, Burgondes, Alémanes), les Huns et les Avars à l'est, les Slaves (Slovènes) au sud-est. La dernière phase d'invasion advient pendant l'époque carolingienne avec les Sarrazins et les Hongrois.
Ce sont des périodes de troubles, mais aussi de transition entre le déclin de l'Empire romain et l'avènement du Moyen Âge, une succession de plusieurs siècles marqués par de nombreux évènements tels que la christianisation, les grandes migrations, les règnes barbares et les ambitions carolingiennes.
Ces grandes invasions contraignent les populations autochtones à vraisemblablement se réfugier dans des vallées enclavées et des zones plus défavorisées d'un point de vue topographique et climatique, mais certainement plus sures, car plus isolées. L'intégralité de l'arc alpin connait un déclin démographique et économique. La colonisation germanique exerce une influence considérable d'un point de vue culturel et économique ; l'élevage bovin, entre autres, revêt une importance fondamentale (et ce, depuis le néolithique), de même que l'établissement d'un habitat épars et construit en bois. L'ambition carolingienne de reconstruire l'Empire d'occident inclut aussi les Alpes, avec un intérêt particulier pour le versant nord, en favorisant les fondations religieuses.
Après le déclin de l'Empire carolingien, vers l'an mil l'espace alpin est divisé entre le Comté de Provence, le Royaume de Bourgogne, le Duché de Souabe, le Duché de Bavière, le Duché de Carinthie, le Royaume de Lombardie, le Duché de Styrie et les Marches de Carniole, d'Autriche et de Vérone. C'est à ce moment que se met en place un système nouveau dont le fondement réside dans l'extension de l'habitat au haut Moyen Âge.

Le cycle médiéval : entre crise et prospérité (XIe-XVe s.)

À l'époque de Charlemagne, Les sociétés alpines sont nettement cloisonnées, dépourvues de contact les unes avec les autres.
Sur fond de victoires militaires sur les Hongrois (955) et les Sarrazins (980), avec la consolidation politique du Saint Empire Romain Germanique, et un sensible réchauffement climatique, peu à peu les relations s'établissent à partir du XIe siècle et les Alpes commencent à s'entrouvrir.
Il s'ensuit une extension prodigieuse de la superficie agricole utile se traduisant par un défrichement forestier et la fixation de nouveaux habitats.

Les Alpes s'ouvrent largement pendant deux siècles du XIIIe jusqu'au XVe siècle. Les Alpes se situent au cœur des trafics qui s'organisent entre les grands centres urbains d'Italie et ceux du Nord et du Nord-Ouest de l'Europe. À l'origine de cette évolution économique, sociale et politique, il faut reconnaître le rôle majeur exercé par les deux institutions que sont l'Église et la noblesse. Abbayes, couvents, monastères, églises se multiplient et par son savoir-faire, la communauté ecclésiastique favorise l'exploitation de terres agricoles. Parallèlement, les seigneurs féodaux cherchent à développer leurs fiefs, ce qui a pour conséquence une prolifération de châteaux, lieux de perception des péages, impulsant la constitution d'agglomérations nouvelles, le long des axes de communications. Les sièges d'évêchés ont souvent constitué les premiers marchés.

Au niveau des sociétés paysannes, on distingue deux systèmes économiques :
- une économie paysanne montagnarde latine, caractérisée par une pratique à égalité entre les cultures (seigle, orge, pois, etc.) et l'élevage,
- une économie basée sur un mode d'exploitation germanique qui se singularise par la puissance de l'élevage favorisant le flanc septentrional des Alpes, mettant ainsi en valeur un espace qui n'intéressait pas leurs homologues latins.
En Europe, la croissance qui succède à cette expansion va commencer à s'essouffler à cause d'une démographie trop importante par rapport aux ressources. Des périodes de famines prolongées suivies de la Peste noire de 1348 assènent un coup fatal à la croissance. Bien que certaines zones soient plus affectées que d'autres, les Alpes semblent avoir été moins atteintes par ces calamités que la plupart des autres régions, grâce à une plus grande richesse matérielle et une plus grande stabilité politique. À partir du XVe siècle, avec l'avènement de l'ère moderne marquée par la découverte de l'Amérique et du développement en Europe des sciences, de l'art et de la culture, les Alpes rejoignent la voie du sous-développement.

La Renaissance : le déclin économique (XVIe s.)

Durant cette période, le monde alpin traverse une période d'affaiblissement de la vitalité économique, de la stabilité sociale, du pouvoir militaire et politique. Le commerce mondial s'est transformé. S'amorce alors une longue phase de déclin et d'exode rural. Pourtant le trafic ne s'arrête pas. Un réchauffement du climat s'enclenche entre l'an 1450 et la fin du XVIe siècle favorisant les passages alpins.
D'un point de vue culturel, la Renaissance, un concept de plaine, a découvert les Alpes. Il est curieux de constater, qu'une vision plus positive, voire idéalisée de l'espace alpin, par des élites urbaines culturelles, s'esquisse au moment ou elles commencent à se dépeupler, alors qu'en règle générale, ce même espace était plutôt perçu de façon négative, même pendant son "âge d'or" du XIIIe-XVe siècle.

Les Alpes assujetties aux états territoriaux (XVIIe et XVIIIe s.)

Avec la formation des états territoriaux, on assiste à un partage politique des Alpes ainsi qu'à une perte d'autonomie des alpins. Elles sont progressivement subordonnées au Royaume de France, au Duché de Savoie (Piémont Sardaigne), sur la partie occidentale, à la Maison d'Autriche (Habsbourg) à l'Est, à la Confédération helvétique au centre qui profite des troubles en Italie pour s'agrandir au Sud (Tessin). L'espace jusque-là perméable aux échanges devient cloisonné par des frontières qui naissent avec la constitution des États nationaux.

Le traité d'Utrecht en 1719 établit une nouvelle conception d'une démarcation qui suit la ligne de partage des eaux, ou ligne des « eaux pendantes ». Ce traité entraine, entre autres, une militarisation des Alpes en rendant plus hermétiques les délimitations entre pays. L'armée occupe une place importante dans la vie socio-économique des Alpes. Elle modèle les équipements routiers et impacte fortement l'architecture. Les fortifications de Vauban témoignent de cette omniprésence militaire dans l'espace alpin occidental. Durant cette période, le « petit âge glaciaire » inflige des conditions d'existence rigoureuse aux populations, déjà accablées par une lourde fiscalité.

Les disettes, le coût excessif des vivres engendrent un exode important en dépit d'une certaine vitalité démographique. Ces migrations « de qualité » ou au contraire « prolétariennes » dira Raoul Blanchard s'orientent vers des destinations diverses, parmi lesquelles, les pays germaniques ou encore les régions du Sud. Cette émigration, souvent douloureuse et marquée par l'échec de ses acteurs, assure un trait d'union entre un monde alpin fermé et les zones extérieures. Elle contribue à la modernisation du milieu montagnard. Les monarchies autoritaires françaises et piémontaises mettent fin, au prix d'une tyrannie bureaucratique, aux privilèges locaux et la seconde moitié du XVIIIe siècle se caractérise par une volonté de centralisation et de normalisation de la part du pouvoir. Ces deux siècles tourmentés par les affrontements militaires témoignent du poids stratégique des Alpes en Europe.

Développement de l'industrie et du tourisme et avènement des états nations (XIXe et XXe s.)

En quelques décennies, les structures économiques et sociétales des Alpes se métamorphosent à tel point que la période du XIXe est aussi appelée le « temps des révolutions » :

Les révolutions politiques

La naissance des états nations joue un rôle important dans la dislocation de l’espace alpin. Des conflits opposant les pays remettent en cause la notion de frontière naturelle, hydrographique ou orographique. La création des « Alpini » suivie de celle des « Chasseurs alpins » en France souligne bien cet aspect guerrier. Raoul Blanchard, évoque « un vaste camp retranché » de part et d’autre de la frontière franco-italienne.

La révolution des moyens de communication

Les routes carrossables remplacent peu à peu les sentiers muletiers nécessitant de grands travaux souvent initiés par les états avec des visées stratégiques.
Le chemin de fer fait son apparition au milieu du XIXe. Le réseau ferroviaire couvre l’Arc alpin, mais de manière assez lâche si bien que ces nouveaux équipements ne sortent pas totalement certains territoires de l’isolement.
Cependant, les Alpes s’ouvrent petit à petit au monde extérieur et l’industrie pénètre les « sociétés paysannes » dont fait mention Werner Bätzing.

La révolution industrielle

Elle va ébranler la vie alpine entrainant une révolution écologique et un bouleversement de l’organisation sociale dû à l’émancipation systématique de l’individu des structures préexistantes.
Les premières entreprises industrielles apparaissent vers 1820 de manière sporadique ; ce sont principalement des activités textiles (en Suisse orientale) et minières (Styrie). Les industries liées à l’hydroélectricité permettant de transformer la force motrice des cours d’eau en courant électrique occuperont une place de tout premier dans le développement économique alpin. Ce sont les Alpes qui ont prodigué cette révolution industrielle baptisée « Houille blanche »
Mais la concurrence extérieure à la chaine atténue les effets bénéfiques de ce nouvel essor. L’agriculture traditionnelle est elle-même dépréciée. L’Arc alpin perd de son poids économique et est frappé par une véritable hémorragie humaine en quête de meilleures conditions de travail et d’épanouissement. Les villes offrent de nouvelles possibilités et bénéficient de cet exode.
Parallèlement, certaines régions facilement accessibles par voie ferrée s’ouvrent à une pénétration industrielle et à l’arrivée du tourisme.

L’apparition du tourisme

Tout d’abord confidentiel entre la fin du XVIIIe siècle et la dernière partie du XIXe siècle, il concerne des individus à la recherche d’aventure, mais aussi des scientifiques en quête de connaissance. Au début du XXe siècle, il bénéficie d’une véritable expansion, grâce, entre autres, au réseau ferroviaire. Durant la période de la « Belle époque », ce sont surtout des touristes issus d’une classe fortunée qui fréquentent les grands hôtels, de Zermatt, Chamonix, Saint-Moritz ou Interlaken. Ces palaces participent d’ailleurs à la mutation du paysage au même titre que les trains à crémaillère ou les funiculaires qui donnent accès aux sites panoramiques.
L’époque de l’entre-deux-guerres voit l’arrivée des classes moyennes en montagne. Le tourisme d’hiver connaît un début de succès, et les premiers téléskis et téléphériques font leur apparition, mais c’est pendant la période des « trente glorieuses » que le tourisme de masse explose littéralement. Les communes alpines proposent des prestations qui couvrent les saisons d’hiver et d’été en multipliant leur capacité hôtelière et développant leur domaine skiable.
Durant les 20 dernières années du XXe siècle, les indices marquent une stagnation de l’activité touristique qui s’explique par une offre supérieure à la demande renforcée par la concurrence entre vallées, une certaine pression politique par la voix des écologistes qui prônent un tourisme raisonné, un manque d’enneigement lié au réchauffement climatique.
L’ensemble de ces facteurs doit être pris en considération de même que les bouleversements sociaux économiques engendrés par l’évolution touristique pour envisager un futur observant un équilibre entre environnement et viabilité économique des populations locales.

Histoire-Références bibliographiques

Territoire :


Plaine de Lombardie

Population

La population varie en fonction des limites qui sont choisies.
En reprenant des exemples donnés par Werner Bätzing.

On compte 800 000 habitants pour un territoire alpin au-dessus de 1 000 m dans une perspective touristique.

Près de 6 millions d'habitants pour les zones agricoles spécifiquement de montagne dans lesquelles les bassins internes (les "golfes de plaines" selon l'expression d'Emmanuel de Martonne) et les vallées encaissées sont exclus.

14 millions d'habitants au sein de la Convention Alpine correspondant à une délimitation moyenne et la plus souvent utilisée, répartis de la manière suivante : (2007)

Italie = 30,5%
Autriche = 23,6%
France = 17,5%
Suisse = 13,6%
Allemagne = 10,6%
Slovénie = 4,2%
Liechtenstein = 0,3%
Monaco = 0,2%

70 millions pour l'"Alpine Space" européen (Interreg III et IV B).


Alpes-vue de nuit

Villes et urbanisme

Toutes ces données entrent dans le cadre des limites de la Convention alpine. (Werner Bätzing - Manfred Perlik)
Plus de 90% des villes alpines comptent moins de 50 000 habitants.
Seules 6 villes dépassent les 100 000 habitants :
Grenoble en France, Salzburg et Innsbruck en Autriche, Trente et Bolzano/Bozen en Italie, Maribor en Slovénie.
8 villes oscillent entre 50 000 et 100 000 habitants :
Klagenfurt et Villach en Autriche, Kempten et Rosenheim en Allemagne, Chambéry et Annecy en France, Luzern en Suisse, Kranj en Slovénie.
De plus, on peut distinguer 10 aires urbaines de plus de 100 000 habitants :
Grenoble, Salzburg, Luzern, Innsbruck, Annecy, Rosenheim, Bolzano/Bozen, Trento, Chambéry et Maribor.
Fabrizio Bartaletti, géographe italien spécialisé dans l'étude des villes, adopte d'autres limites et intègre des villes comme Como ou San Remo.

Villes-Références bibliographiques

Habitat

L’habitat rural


Val Senales

Dans l’inconscient collectif, lorsqu’il est question de l’habitat alpin, l’image du chalet vient immédiatement à l’esprit. Il symbolise une sorte d’idéal du logement, douillet et chaleureux dans lequel le bois domine. Le bois entre dans la structure même du bâtiment, il compose le matériau prédominant de l’ameublement et c’est le combustible fondamental sans lequel la survie dans ce milieu rigoureux serait inenvisageable.

Habitat concentré, habitat dispersé

Mais, cet habitat caractéristique du Nord et des civilisations à prévalence pastorale, que Raoul Blanchard définit comme « un éparpillement presque indéfini en hameaux », représente seulement une partie de l’ensemble de l’habitat rural alpin. Au Sud, le géographe oppose un habitat groupé en « villages-blocs », spécifique des cultures latines, dont l’ossature exige des matériaux robustes comme la pierre.
En réalité, de multiples facteurs, climatiques, géographiques, historiques, culturels, sociaux, économiques, etc., expliquent la présence de nuances variées dans l’habitat. L’emplacement de celui-ci est étroitement lié aux conditions naturelles. Les endroits de prédilection se trouvent dans des lieux abrités comme les terrasses ou les cônes de déjection, les fonds de vallées à l’écart des crues. La situation est également subordonnée à l’exposition et l’approvisionnement en eau, de même que fortement assujettie aux ressources assurant l’autosubsistance.

L’architecture rurale alpine

On rencontre globalement deux types de construction :
— La ferme-bloc (de l’Allemand « Einhof ») ou l’habitat concentré réunit l’ensemble des fonctions dans une seule unité : habitation, étables pour les animaux et espace de travail et de stockage, avec ou sans communication entre les édifices. Ce regroupement peut revêtir différents aspects : les éléments sont côte à côte et épousent des formes carrées, ou disposés en longueur. Ils peuvent aussi être agencés en hauteur (Alpes du Sud françaises, Alpes italiennes).
— La ferme à cour ouverte ou maison en ordre lâche se distingue par une dissociation des bâtiments. Ces derniers sont parfois éloignés du lieu de vie, voire répartis sur différents niveaux.
La maison-bloc répond davantage aux besoins d’une petite ou moyenne exploitation tandis que la maison en ordre lâche est mieux adaptée à l’élevage. Sur la bordure du massif, dans la région des lacs, les demeures de vignerons, décorées très artistiquement, adoptent une allure plus citadine, arborant des signes de confort et d’aisance. Le Südtirol/Alto Adige fournit des exemplaires très significatifs de ce type d’architecture (Kaltern/Caldaro).
De nombreuses particularités existent au sein de la chaîne :
— les maisons Walser : au Moyen Âge , le peuple Walser à la faveur d’un adoucissement du climat a pu franchir certains cols et créer en altitude (1 500 mètres minimum) un habitat épars la plupart du temps en bois.
— Le système du « Gesshlossener hof ou Erhof/Maso chiuso » dans le Südtirol, accorde la propriété de l’ensemble du domaine à l’ainé masculin d’une fratrie, témoigne d’une organisation sociale singulière.
Ces deux exemples sont révélateurs des multiples spécificités de l’habitat alpin.

L'habitat permanent d'altitude et ses limites

On observe deux types d'habitat à la limite supérieure de l'habitat permanent :

le premier se caractérise par une association culture - élevage ; villages et hameaux atteignent des altitudes dépassant souvent les 1 800 m dans les Alpes occidentales, en particulier dans la zone intra-alpine. Ce sont des territoires favorisés d'un point de vue climatique en particulier l'Ubaye, le Val d'Aoste et le Valais. Saint-Véran dans le Queyras, à 2 040 m, la plus haute commune des Alpes françaises est une des plus emblématiques. Dans les Alpes orientales les installations regroupant céréales et élevage se trouvent en général au-dessous de 1 800 m et, la plupart du temps, n’excèdent pas les 1 200-1 400 m en raison de conditions météorologiques plus rudes.

image 1 - 4

Le deuxième type d'habitat est de nature dispersée et essentiellement dédié à l'élevage. La commune d'Avers, dans le canton des Grisons en Suisse, et son hameau de Juf, le plus élevé des Alpes avec un habitat permanent à 2 126 m représente un bon exemple de ce modèle d'implantation. Trepalle en Italie, sur la commune de Livigno, pratique l'élevage, mais vit principalement du tourisme (sports d'hiver), et, sa condition de zone franche limite un exode que la rigueur climatique aurait pu encourager.

On constate un abandon régulier des hauteurs mais avec le tourisme certaines communes peuvent encore garder une population d'altitude.

L’habitat urbain

Les villes alpines

De manière générale, la configuration du relief n’est pas très propice à de grandes concentrations humaines. C’est au XIVe siècle, avec l’extension des pouvoirs de l’état et de l’église que l’on voit apparaître des centres urbanisés. D’après le géographe Manfred Perlik, au XVIIe siècle, 15 évêchés se partagent le territoire français.
La rareté des villes au sein du massif justifie sans doute le peu d’étude consacré à ce sujet. Fabrizio Bartaletti évoque même une « zone grise » de la recherche. En pratique, l’absence de consensus de la communauté scientifique autour des critères définissant le concept de cité alpine, la difficulté à déterminer une délimitation univoque des Alpes et une uniformisation des données statistiques, tous ces facteurs expliquent le manque d’informations dans ce domaine.
Le géographe italien Giuseppe Dematteis en 1975 est un des premiers à réaliser une étude approfondie des villes alpines. Sont considérées alors comme villes, les agglomérations susceptibles de fournir des services à une population d’au moins 5.000 habitants (noyaux urbains et localités environnantes). Un quart de siècle plus tard, avec la croissance démographique et le développement des zones périurbaines on récence de nombreuses villes d’approximativement 10.000 habitants, mais 90 % en comptent moins de 50.000. Si on s’appuie sur les limites de la Convention Alpine, seules 7 dépassent les 100.000 habitants (Innsbruck, Klagenfurt, Salzbourg en Autriche, Grenoble en France, Trento et Bolzano en Italie, Maribor en Slovénie). En 2000, Manfred Perlik, dans une monographie consacrée à ce sujet considère comme villes les communes de 10.000 habitants ou 5.000 postes de travail, 10.000 habitants étant le critère, un peu « brut », retenu par l’office fédéral suisse.

Les différents types de cités alpines

Les géographes Werner Bätzing et Fabrizio Bartaletti ont une vision assez similaire du processus d’urbanisation au sein du massif :

- La métropolisation

Les villes localisées en bordure de chaine, mais faisant partie intégrante du massif, communes de fond de vallée ou situées sur les bassins sont aisément accessibles des grandes métropoles circumalpines et s’intègrent à ce paysage de « grandes nébuleuses urbaines ». Werner Bätzing souligne les aspects positifs de ce phénomène d’un point de vue économique, mais s’inquiète également de la perte d’indépendance des villes alpines condamnées à un rôle périphérique, parfois de cités-dortoirs.

- Les lieux centraux (localité centrale) 

Ils ont à la fois un rôle administratif, commercial, industriel, culturel et de services pour leur propre arrière-pays, mais aussi de carrefour supranational surtout pour la collecte et la redistribution. Dans les villes moyennes, ces deux fonctions s’équilibrent tandis que l’économie supranationale prend le dessus dans les grandes agglomérations (Grenoble, Innsbruck, Bolzano).

- L’urbanisation linéaire en ruban

Elle se développe le long des larges sillons alpins, plutôt de basse altitude, parcourus par d’importants flux de trafic transalpin, une situation avantageuse d’un point de vue économique. C’est une frange linéaire entremêlant habitat, industries et infrastructures de communication, rattachée à des centres autrefois ruraux, aujourd‘hui liés à des activités de type urbain.

- L’urbanisation touristique

L’émergence du tourisme à la fin du XIXe siècle, puis son extension à partir de 1945 pendant la période des « trente glorieuses » s’accompagne de la naissance de nouvelles communes vouées à cette activité. Ces dernières, apparues récemment, rejoignent aujourd’hui des caractéristiques et des fonctions de vraies villes en offrant des services spécialisés non directement liés à l’activité touristique. Davos propose par exemple un centre scientifique l’institut Fédéral pour l’étude de la neige et des avalanches. Le complexe urbain a des dimensions supérieures à celles auxquelles on pourrait s’attendre relativement à la taille de la population résidente. C’est une des résultantes du surcroit de la fréquentation touristique saisonnière. Comment alors définir une ville alpine ?
Cette question contient de manière sous-jacente l’éternelle interrogation sur le périmètre alpin. En effet, l’insertion ou l’exclusion de certains centres urbains dans la chaine prendra tout son sens, en fonction des limites du massif que fixent, la Convention Alpine, l’Interreg. IV, ou encore les différents géographes spécialisés dans cette étude. Manfred Perlik s’appuie sur trois critères pour cerner le concept de « cité alpine »:
• Le relief qui conditionne l’accessibilité, l’exposition aux risques naturels, et la limitation de la surface disponible.
• Une croissance démographique et une demande de services spécialisés restreints, des marchés limités. Un coût d’infrastructure par habitant élevé.
• Une tertiarisation retardée par rapport à la plaine.
Luigi Gaido émet l’idée selon laquelle le monde alpin représente dans l’imaginaire collectif un espace naturel par excellence et en ce sens, à cause de cette dimension, s’oppose au concept même de ville. « Se  sentir ville alpine » dépend de deux éléments ; d’une part la localisation et de l’autre une perception de la propre identité, sensation qui dépasse de loin la valeur donnée par la situation géographique. Dans cette optique, les villes alpines seraient celles « internes » et « externes » à l’arc alpin qui ont un lien particulier avec lui et trouvent en lui une solution à leurs problèmes territoriaux. Les villes « internes » ou « villes de montagne », au sens de « à l’intérieur » du massif, « sur » les montagnes s’opposeraient aux villes « externes » localisées à proximité du massif ou dans les vallées.

Détails : Habitat

Villes-Références bibliographiques

Communications et trafic

Un territoire perméable

De tout temps les Alpes ont été traversées, pénétrées, parcourues. Des vestiges du néolithique témoignent d’échanges entre différents versants des montagnes. Malgré les conditions particulières liées au relief, au climat, aux mouvements de terrain, la circulation des personnes, des marchandises et des services n’a cessé depuis la nuit des temps.

Les grandes voies romaines

Les Romains ne nourrissaient aucun intérêt particulier pour les Alpes, mais ils comprirent vite les enjeux stratégiques et militaires des axes routiers. De grands itinéraires sont tracés pour faciliter les communications ; le Mongenèvre dans les Alpes cottiennes, le Petit-Saint-Bernard dans les Alpes Grées, le Grand-Saint-Bernard dans les Alpes Pennines. Plus à l’est, des passages de dimension majeure sont également empruntés par les Romains ; le Julier dans les Grisons, le Brenner dans le Tyrol Sud, et le Tarvisio dans les Alpes Juliennes.

Le Moyen Âge  : les habitants s’emparent de leur territoire

Les seigneurs de cette époque prennent conscience des atouts de leur territoire. L’intensification des transports constitue une ressource supplémentaire et une occasion de consolider des privilèges dont une partie de la population tire profit. Certains barons deviennent de véritables seigneurs de la route. Au XIVe siècle les Contes du Tyrol obtiennent la souveraineté des droits de péage en contrepartie de la construction et l’entretien du réseau. Cette concession engendre un besoin de main-d’œuvre et permet de donner du travail à la population locale. Les Alpins jouent un rôle actif dans leur propre espace. En 1475 le marquis de Saluzzo, Ludovic II, décide de faire creuser le premier tunnel alpin sous le col de Traversette à 2 915 m proche du sommet du Monviso (Buco di Viso).

Du XVIIIe siècle à nos jours

Le XVIIIe se caractérise par l’avènement des états-nations qui exercent désormais un pouvoir effectif sur les communautés locales. Les dirigeants politiques, convaincus de l’intérêt stratégique des cols, s’engagent dans la construction de routes carrossables qui permettent la circulation de leurs armées assurant ainsi la souveraineté de l’état. Le col du Mont-Cenis et le col de Tende voient le jour aux frontières franco-italiennes. Le Brenner ouvre une voie de communication majeure entre l’Autriche et l’Italie.

Le train

Fruit de la modernité industrielle, le train fait son apparition dans la chaine alpine. Au départ, les populations locales se sentent menacées dans leurs activités et manifestent une certaine hostilité. Mais elles prennent rapidement conscience du rôle primordial du chemin de fer pour rompre leur isolement.


Semmeringbahn-Kalte-Rinne viaduk (Österreich)- Viaduc de 46 m de haut construit entre 1850 et 1853

Le XIXe siècle, placé sous le signe de l’innovation technique, se singularise par des travaux difficiles et spectaculaires. Ces derniers donnent naissance aux grandes percées de tunnels ferroviaires sous les cols d’altitude (tunnels longs sous la crête principale et tunnels hélicoïdaux). Le tunnel de Fréjus-Mont-Cenis, 13,5 km, est inauguré en 1870, le Saint-Gothard en 1882, 15 km avec 7 tunnels hélicoïdaux (axe du Gothard entre Amsteg et Göschenen), l’Arlberg en 1884, 10 km. Suivront, au début du XXe siècle, le Simplon, 19.806 m, mis en service le 30 mai 1906 et considéré pendant longtemps comme le plus long tunnel du monde, les Karawanken et Wocheim en 1906, les Tauern en 1909, le Loetschberg en 1913 et Tende en 1928. Les trains à crémaillère desservent généralement des destinations touristiques ; chemin de fer de la Jungfrau, Zermatt-Gornergrat, Chamonix-Montenvers.

Le tunnel ferroviaire du Lötschberg mis en route le 5 juin 2007 constitue avec le tunnel du Simplon la première liaison rapide nord-sud à travers les Alpes. Le projet de construction d’autres lignes à grande vitesse suivant les longs tunnels existants ou à venir (Lyon-Turin / Munich-Vérone / Vienne-Graz-Klagenfurt) illustre bien la prédominance des intérêts des régions circumalpines sur ceux de la chaine. Tous ces réalisations sont prévues à échéance de 2020 à 2028.
De manière générale, les principales voies ferrées traversent la chaine perpendiculairement à son orientation moyenne et génèrent ainsi un transit important reliant les grandes villes alpines aux pôles économiques extérieurs. Les sillons alpins ne sont pas tous pourvus à quelques exceptions près : les lignes Innsbruck-Bregenz ou Salzburg-Holein en Autriche qui traversent le massif par l’intérieur ont été mises en service à des fins stratégiques, afin d’éviter de passer par l’Allemagne. Les autres voies internes demeurent des lignes secondaires.

Les routes

Les routes modernes existent depuis le XVIIIe siècle date à laquelle de véritables chaussées prévues pour l’écoulement des eaux remplacent les chemins muletiers. Les diligences et charrettes empruntent ces itinéraires.
À cette époque deux cols seulement sont parcourus par ces routes : le Brenner (1772) et Tende (1786). Bien que le tunnel de Tende, d'une longueur de 3186 mètres, date de 1882, les grands tunnels routiers alpins ont été mis en service près d'un siècle après l'ouverture du premier grand tunnel ferroviaire :
le Grand-Saint-Bernard, long de 5,8 km, a été inauguré en 1964, le Mont-Blanc, avec ses 11,6 km en 1965 et le San Bernardino (6,6 km) en 1967. En 1980 le tunnel du Fréjus (12,87 km) et le tunnel routier du St Gothard d'une longueur de 16,9 kilomètres, le plus long des Alpes et le 3e au niveau mondial, prendront la suite.

Le trafic routier et ferroviaire transalpin

Les principales sources d'information sur les mesures du trafic, CAFT, Alpinfo, Alpifret se répartissent en 3 segments alpins :
segment alpin A (interieur) = Mont-Cenis/ Fréjus - Brenner
segment alpin B (hybride) = Ventimiglia - Tarvisio
segment alpin C (totalité) = Ventimiglia - Wechsel

Alpes

Réseau routier et ferroviaire - Passages transalpins

Ventimiglia
A8 (barrière de Vintimille)
Tunnel du col de Tende
Traforo del colle di Tenda
1 280 m (F) - 1 321 m (I)
Col du Mongenèvre
1 854 m
Tunnel du Fréjus
1 228 m (F) - 1 297 m (I)
Col du Mont-Cenis
2 083 m
Tunnel du Mont-Blanc
1 395,5 m
1 274 m (F) - 1 381 m (I)
Col du Grand Saint-Bernard
2 469 m
Tunnel du Grand Saint-Bernard
1 875 m (I) - 1 918 m (CH)
Col du Simplon
2 005 m
Tunnel du Simplon
705 m
Col du Saint-Gothard
2 106 m
Tunnel du Saint-Gothard
1 081 m - 1 145 m
Col du San Bernardino
2 065 m
Tunnel du San Bernardino
1 620 m - 1 644 m
Reschenpass
Passo di Resia 1 508 m
Brennerpass
Passo del Brennero
1 370 m
Tarvisio 785 m
Felbertauerntunnel
1 606 m - 1 632 m
Tauerntunnel
1 340 m
Radstädter Tauern
1 739 m
Schoberpass
849 m
Semmering sattel
984 m
Wechsel
980 m

À ces segments transalpins correspondent les passages suivants :
le long de la frontière franco-italienne : Ventimiglia, col du Mongenèvre, tunnel du Fréjus - col du Mont-Cenis, tunnel du Mont-Blanc
du côté suisse : Grand-Saint-Bernard, Simplon, Saint-Gothard, San Bernardino
dans le secteur autrichien : Reschen/Resia, Brenner, Tarvisio, Felbertauern, Tauern, Shoberpass, Semmering, Wechsel.

Selon les données d’Alpinfo le trafic tend à augmenter régulièrement. Sur le segment C l'année 2010 a vu 194 millions de tonnes de marchandises transportées à travers les Alpes dont 65,4% (126,8 millions de tonnes) sur route et 34,6% (67,2 millions de tonnes) sur rail. Le transit autoroutier du col du Brenner situé à une altitude de 1 375 m, représente un volume de transport de près de 41,9 millions de tonnes de marchandises, 73% sur route et 17% sur rail, soit 21.5% du trafic transalpin total avec 1,8 million de poids lourds* (en augmentation de 3,5%).
Pratiquement la moitié des flux transalpins sont assurés par l'Autriche (46%), 1/3 par les flux franco-italiens (30%) puis, 1/4 pour les italo-suisses (24%). 9,8 millions de poids lourds* ont traversé l'arc alpin en 2010. La moitié des camions qui parcourent les Alpes utilisent les cols austro-italiens soit 48% du trafic routier transalpin, 40% transitent par les cols franco-italiens contre seulement 14% par les passages italo-suisses.

*Camion, véhicule articulé et véhicule d'un poids total autorisé en charge supérieur à 3,5t

Un trafic soutenable ?

Le trafic routier du fait de l’ampleur des échanges européens a augmenté de manière exponentielle. Les politiques ont en outre donné priorité à la route et à l’autoroute au détriment du rail. Une exception confirme cette règle commune aux pays alpins ; la Suisse est depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale parvenue à freiner cette tendance.
Une des conséquences de ce trafic qui se focalise sur certains itinéraires, la circulation locale et touristique intensifiant le phénomène, se manifeste par une pollution atmosphérique et des nuisances sonores telles que certaines vallées se révèlent à la limite de l’habitabilité. C’est le cas de la Maurienne où le trafic excessif rend la vie quotidienne quasi insoutenable, ou encore de l’axe du Brenner où, pour des raisons climatiques les gaz d’échappement se concentrent dans la vallée. Les incendies survenus en 1999 dans les tunnels du Mont Blanc et des Tauern, en 2001 dans le Gotthard semblent avoir infléchi les politiques de transport en faveur d’une régulation du trafic des poids lourds. Des systèmes d’alternat ont été mis en place dans certains tunnels et, en accord avec l’Union Européenne tend à se généraliser, mais sous la pression du lobby routier celui du Mont Blanc, par exemple, a été abandonné.
Les navettes quotidiennes domicile-travail, le flux touristique, soit 20% du trafic total dans les Alpes, sont à l’origine de la construction de nouvelles infrastructures routières ; double voies, tunnels, routes de contournement des villes. Le développement de ce réseau régional, l’accentuation de la circulation sur les grands axes, ces états de fait laissent entrevoir un accroissement du trafic routier dans le massif.

Quelles solutions pour atténuer les nuisances ?

Toutefois, pour certaines zones périphériques la voiture demeure indispensable. Sans l’automobile le maintien de nombreux emplois et donc de la population serait impossible. Mais la perspective d’un avenir soutenable ne peut se traduire par davantage de béton et d’asphalte.
La CIPRA (Commission Internationale pour la Protection des Alpes) préconise une analyse précise pour chaque région des besoins de nouvelles routes ou au contraire de leur absence de pertinence ; les hommes politiques, les habitants et les aménageurs, devraient s’entendre sur la nécessité de la construction de ces infrastructures, ou si les investissements dans des projets de transports durables ne seraient pas mieux adaptés. Certaines expériences en Basse Autriche, entre autres, où 26 communes se sont groupées autour de la devise « moins de trajets en voiture – plus de joie de vie » abondent dans ce sens. De manière générale, les régions des Alpes orientales et centrales se situent à l’avant garde en matière de transports.

Abolir les distances

Le Polo Poschiavo, centre de formation né en 2001 dans la vallée homonyme située au sud des Grisons, pionnier en matière de nouvelles technologies, pratique depuis longtemps l’enseignement à distance ; les participants suivent les cours en vidéostreaming et sont reliés entre eux via une plateforme d’enseignement virtuelle. Ainsi les habitants de la vallée épargnent-ils des trajets pénibles en hiver. La technique permet de rapprocher les habitants entre eux, plateformes d’échanges autour d’une même profession, promotion d’une activité commerciale, artisanale ou de service, au travers d’un site Internet, etc. Mais le Polo Poschiavo met également en réseau la vallée avec le monde.

Une vision pour le futur

Le XXe siècle a généré une multiplication d’atteintes à l’environnement et les traversées routières prennent une large part à ces agressions. Ce constat est à l’origine de la création de nombreuses associations de défense (Cipra, WWF, etc.). Elles ont obtenu des états une Convention alpine. Les plus puissantes de ces ONG pèsent sur les décisions politiques en matière d’aménagement des Alpes. Elles prônent entre autres une incitation au ferroutage et plus largement une limitation du trafic routier.

Transports-Références bibliographiques

Détails : Transport

Les dimensions politiques

Au sein de la Convention Alpine huit pays se partagent l'espace alpin :

28,7% pour l'Autriche
27,2% pour l'Italie
21,4% pour la France
13,2% pour la Suisse
  5,8% pour l'Allemagne
  3,6% pour la Slovénie
  0,1% pour le Liechtenstein
0,01% pour Monaco

(«…Monaco appartient aux Alpes sur le plan politique alors qu'il a très peu avoir avec elles dans les domaines économique et culturel.»)


Pays alpins

La frontière

Comment les Alpes se situent-elles par rapport au concept de frontières ?
Si l’on considère la chaine alpine dans son ensemble, il est évident qu’elle est constituée d’un ensemble de frontières, pas moins de 8 états se partagent cette étendue. Mais la notion de frontière surtout lorsqu’il s’agit des Alpes ne doit pas être envisagée sous un angle exclusivement politique. L’imaginaire de la limite joue un rôle important dans une vision de cet espace.

En premier lieu, les Alpes représentent une cloison physique qui conditionne souvent une limite territoriale. Cette barrière détermine la division de la montagne alpine en un ensemble de régions naturelles. Ce découpage est fondé sur les critères et repères qui établissent les frontières nationales ; cours d'eau, lignes de partage des eaux et surtout grandes lignes de relief. Cependant, les similitudes culturelles, les échanges économiques internes, l’homogénéité du territoire viennent s’opposer à l’idée d’une forte différence entre les deux versants de la montagne. La notion de frontière politique revêt alors un caractère artificiel.

Les Alpes ont au cours de l’histoire endossé tantôt un rôle de séparation, tantôt un rôle de carrefour. Réduite par les Romains à un réseau de communications, la chaine alpine trouve son identité culturelle au moyen âge. La montée des nationalismes au 19e siècle inscrit dans le sol et les mentalités le concept de limite politique. De nos jours, la situation centrale du massif au coeur du continent européen lui confère un nouveau statut, “ une région, dans sa consistance propre et dans une spécificité qui transgresse les divisions politiques » estime Marie-Christine Fourny.

Une identité légitimée
La légitimité de cette nouvelle condition s’affirme au travers d’institutions telles la Convention Alpine, fondée en 1991, constituée à la suite de la conférence des ministres de l’environnement des pays alpins qui s’est déroulée à Berchtesgaden en 1989.

Convaincue « qu'il y a lieu d'harmoniser les intérêts économiques et les exigences écologiques », la Convention considère que les Alpes « constituent l'un des plus grands espaces naturels d'un seul tenant en Europe et un cadre de vie, un espace économique, culturel et récréatif au coeur de l'Europe, se distinguant par sa nature, sa culture et son histoire spécifiques et variées, auquel participent de nombreux peuples et pays ».

L’espace alpin est désormais reconnu comme un espace unifié, homogène, détenant une véritable identité au cœur du continent européen.

Territoires-Références bibliographiques

Culture et société :


Wallgau

Art et patrimoine

L'art rupestre

On trouve les traces des toutes premières manifestations dans la Valcamonica en Italie et les Totes Gebirge en Autriche. La majorité des sites d'art rupestre des Alpes datent du Néolithique. Les groupes majeurs, répartis dans près de 1000 sites, se rencontrent dans la Valcamonica et la Valtellina en Italie, Saint-Léonard et autres localités proches de Martigny dans le Valais en Suisse, plus tardivement dans les Alpes maritimes au Mont Bégo (Vallée des Merveilles-Fontanalbe) en France, en Ligurie, dans le Piémont et le Val d'Aoste en Italie et en Engadine dans le canton des Grisons en Suisse.
On compte plus de 500 000 graphèmes, dont 300 000 gravures uniquement pour la Valcamonica. Cette dernière se caractérise par la pérennité, la persistance d'une tradition qui couvre la période de la fin du Paléolithique au Moyen Âge.

Les palafittes

Classés au patrimoine mondial L'UNESCO, les Sites palafittiques préhistoriques autour des Alpes englobe une sélection des 111 plus remarquables villages de palafittes parmi près de 1000 sites connus répartis sur six pays aux confins des Alpes que sont la Suisse, l’Autriche, la France, l’Allemagne, l’Italie et la Slovénie. La série se compose des restes de villages de palafittes préhistoriques datant de 5000 à 500 av. J.C.

L'Antiquité

Les populations alpines, bien qu' en contact avec les civilisations méditerranéennes grecques et étrusques, en subirent finalement peu l'influence. C'est avec les romains que l'on assiste à une modification visible et durable du paysage et par conséquent du patrimoine alpin. En témoignent les routes, termes, aqueducs, temples, théâtres, amphithéâtres que l'on croise dans différents endroits de la chaine.

Le Haut Moyen Âge

Entre les VIe et IXe siècles, les Alpes, à la confluence de plusieurs cultures, vont être marquées par les grands courants artistiques mêlant les influences de l'antiquité, byzantines, barbares, anglo-saxonnes et carolingiennes. Les traces carolingiennes se concentrent dans la partie centre-orientale où furent fondés de nombreux monastères pour surveiller les voies transalpines comme à Müstair dans le Canton des Grisons en Suisse, Mals et Naturns dans le Tyrol sud, Castelseprio près de Varèse en Italie. Le petit temple lombard de Cividale del Friuli en Italie, proche de la frontière slovène, est aussi un témoignage important de cette période.


Sacra di San Michele

Le Roman

L'art roman dans les Alpes est à l'image du mouvement qui se déroule en Europe occidentale, placé sous le double signe de l'unité et de la diversité, conjuguant un certain conservatisme et innovations. Les formes dérivées de l'art paléochrétien se combinent avec celles des modèles germaniques. La charpente en bois tend à être remplacée par le voûtement en pierre.
Le premier art roman influencé par l'italie du Nord (art lombard) se caractérise par la construction en moellons disposés en appareil régulier tandis que le deuxième art roman par un appareil soigné de pierres de taille. En Italie le baptistère est un édifice qui reste présent de manière significative. Plus que la sculpture, la peinture murale revêt une grande importance dans la décoration des églises alpines. Le foisennement des monastères témoigne d'une intense activité sprirituelle et artistique. Il peuvent être isolés (Grande Chartreuse en Isère) ou sur des lieux de pèlerinage (Sacra di San Michele à l'ouest de Turin).

Le Gothique

Par rapport au reste de l'Europe, le gothique fait son apparition tardivement dans les Alpes qui restent fortement liées à l'art roman. Les premières manifestations sont présentes en périphérie du massif avec le chantier de la cathédrale de Lausanne en 1173, plus tard au XIIIe l'abbatiale de Saint-Antoine-l'Abbaye en Isère et la basilique Sant' Andrea de Verceil.
Les zones alpines se trouvent au croisement du gothique international dit "art courtois", un art aristocratique marqué par le raffinement le souci du détail. La peinture est présente dans les châteaux par exemple à Manta près de Saluces ou dans celui du Buonconsiglio à Trente. De nombreux centres de production de manuscrits enluminés voient le jour. Les grands chantiers sont rares et définir une architecture gothique alpine serait vaine tant les divergences entre régions sont grandes. Après 1430 le réalisme flamand venant de la vallée du Rhin et de Bourgogne fait son apparition alors qu' est en train de naitre un nouveau courant qui va marquer l'Europe.

image 1 - 4
La pêche miraculeuse - Konrad Witz 1444
(Peinture considérée comme l'une des premières représentation réaliste des Alpes)

La Renaissance

À la Renaissance du "quattrocento", Leonard de Vinci, qui a un réel intérêt pour les montagnes et le paysage alpin, incarne la nature vitaliste, concept en vogue à cette période. Au XVIe (2nd Renaissance) l'Italie exerce un fort ascendant sur la culture européenne. Aux pèlerins s'ajoutent les diplômés, les scientifiques, les militaires et des touche-à-tout, qui inaugurent la vogue du « Grand Tour » culturel.

La cartographie est en plein développement. Des personnages aussi importants que Tshudi, Münster, Stumpf, Gessner, Simler ont déjà une vision de la montagne. Dans la peinture, l'image de la montagne est, pour de nombreux artistes, une rêverie figurative (Raphaël, Bellini, Titien, Tintoret, Véronèse, Mantegna, etc.) mais on voit apparaitre déjà chez d'autres peintres et graveurs des paysages d'un réalisme nouveau (Witz, Dürer, Leu, Deutsch, Altdorfer, Huber, etc.).

Le Baroque

Bien qu' élaboré dans les villes de plaines ayant ses origines en Italie, l'art baroque est omniprésent dans les Alpes. Il désigne à la fois un style et une époque. Composé de nombreux effets nouveaux, il se définit comme un spectacle, "l'illusion baroque". Dans les pays catholiques, majoritaires dans les états alpins, l'alliance entre le pouvoir dynastique et la hiérarchie ecclésiastique renforce leur influence sur le corps social. La puissance des monarques et de la Contre-Réforme triomphe.
C'est une conception révisée, semblable en intensité à la pénétration de l'art roman, qui entraine le remodelage et la création de nombreux édifices, autant religieux que civils, marquée par un dialogue permanent avec le paysage et un rapport dynamique avec l'espace. Il comporte des décorations spécifiques comme les colonnes torses, les volutes, les stucs ou les trompes l’œil, mais aussi des niches et des cartouches et des spécificités architecturales comme les coupoles, les escaliers monumentaux ou encore le "piano nobile".
La forme assure l’effet théâtral caractérisé par des façades dynamiques (ondulations, courbes et contre-courbes, ellipses, formes géométriques concaves et convexes).
Le baroque fait son apparition, en premier lieu, dans la partie occidentale de la chaine, en particulier à la suite de la restauration des états de Savoie par le Duc Emmanuel-Philibert parallèlement à des préoccupations urbanistiques.
L'art baroque pénètre très tôt en Bavière et se diffusera amplement dans la partie orientale après les traités de Westphalie (1648) qui ont mis fin à la guerre de Trente Ans. Dans l'Allemagne catholique, le baroque est vu comme une continuation du gothique avec un style plus décoratif que théâtral et des églises aux clochers à bulbes et sans coupole. En Autriche, la dynastie des Habsbourg, ardents défenseurs de la contre-réforme, dans la volonté d’affirmer le pouvoir d’un Empire favorise le développement de cet art. Le baroque urbain se réfère au baroque romain tandis que dans les zones rurales, la décoration des églises est proche du baroque allemand.
En France se développent les œuvres défensives, les places-fortes de l'ingénieur militaire Sébastien Le Prestre de Vauban pendant le règne de Louis XIV influençant l’architecture militaire en Europe. Les principaux sites dans les Alpes françaises sont Montdauphin, les fortifications de Briançon.
On trouve des manifestations du baroque dans le Comté de Nice (partie orientale du fleuve Var) et dans certaines vallées savoyardes (Maurienne, Tarentaise, Beaufortain, Val d’Arly).

"Théâtres de montagne"

Les « Sacri Monti », un ensemble de chapelles disséminées le long d'un sentier qui porte à un sanctuaire sur un relief naturel, sont les outils idéaux pour canaliser la ferveur collective et les manifestations pieuses de la religiosité populaire. Les principaux se trouvent dans la région du Piémont en Italie et en particulier ceux de l'arc alpin comme Varallo (le plus ancien commencé en 1493 et le plus complet), Orta, Oropa, Ghiffa, Belmonte, Domodossola et en Lombardie Varèse et Ossuccio. Une architecture organique qui tente de recréer les lieux de la Palestine.

Le XIX

le siècle du « Neo »

Le patrimoine architectural des Alpes se transforme profondément au cours de ce siècle. Le tourisme investit les Alpes dès le XVIIIe siècle, mais le développement des séjours de villégiature, de cure ou de sports débute réellement avec la construction de voies de chemin de fer, vers le milieu du XIXe siècle. Jusqu’alors, le petit nombre de visiteurs ne nécessite pas de grosses infrastructures ; les touristes logent dans des auberges ou chez l’habitant. L’afflux de voyageurs à partir de la deuxième moitié du XIXe siècle occasionne l’édification de lieux d’accueil plus vastes.
Jusqu’à 1850, la plupart des bâtiments urbains sont marqués par le style néo-classique ; « structure à 3 niveaux colonnes et piliers, détails de décoration empruntés aux modèles de l’antiquité ou de la Renaissance, frontons et toits à faible inclinaison sont des éléments que l’on retrouve de Grenoble à Bolzano, en passant par Coira et Lugano. » Comme le définit Dave Lüthi. Mais le néo-classicisme pénètre également l’architecture religieuse, des spécimens remarquables sont visibles en Savoie, dans le Chablais, ainsi que l’habitat alpin comme à Zernez (Suisse).
Bien que ce type d’architecture domine, il n’empêche pas le développement d’autres tendances, comme le style néo médiéval, l’ abbaye de Hautecombe (1825-1834) étant une manifestation représentative de ce courant.

L’apparition des stations de villégiature

Vers la deuxième moitié du XIXe siècle, les premières stations d’altitude font leur apparition. Ces territoires autrefois désertés et inaccessibles deviennent des lieux de fréquentation touristique à vocation sanitaire (sanatoriums), dans un premier temps puis sportive. La Suisse est le premier pays à connaître ce phénomène, suivi de la l’Italie, la France, l’Allemagne, l’Autriche et la Slovénie  dans le dernier quart du XIXe siècle.
Le thermalisme génère la réalisation de structures néo-classiques et néo-renaissantes comme « Il Kurhaus di Saint Moritz », ou « l’Hôtel Kursaal del Maloja » en Engadine. Sur les rives des lacs, les grands hôtels arborent un style d’architecture emprunté alla Riviera méditerranéenne ; éléments neo-baroques, jardins ornés de palmiers et de plantes exotiques. Cette architecture prend en compte également les progrès techniques. L’électricité fait une apparition précoce dans le secteur hôtelier, les salles de bains à l’étage et le chauffage central améliore considérablement le confort de ces établissements.

Naissance d’un folklore alpin

Les botanistes s’intéressent de près à la flore alpine. La nécessité de protection de ces espèces particulières engendrera la création de jardins alpins qui recèlent des spécimens issus des cimes les plus hautes, alpines, mais aussi andines ou himalayennes.
Le chalet compte parmi les manifestations de ce nouveau folklore. À l’origine un chalet est avant tout une construction purement traditionnelle montagnarde, faite pour l’habitat de montagne exclusivement. Il s’agit d’une habitation dite rurale originaire des pays tels que, Suisse, Autriche, Allemagne et la région de la Savoie. Le chalet est à ses débuts construit généralement de madriers de bois avec un toit en saillie qui est recouvert de bardeaux ainsi que de pierres, cela dans le but de retenir la neige, principal environnement de la montagne.
Du bâtiment purement utilitaire, c’est-à-dire utilisé en tant que grenier, abri d’alpage, le chalet en bois est ensuite devenu l’habitation alpine par excellence. Représentation de la montagne, de l’écologie et de la nature, la Suisse fait du chalet un symbole de l’architecture nationale. Les stations, les églises, les hôtels, les magasins adoptent cette forme d’architecture organique.
Parallèlement à cette architecture rurale, une sorte de réaction s’organise et se traduit par des constructions inspirées de la villa bourgeoise, plus urbaine qu’alpine. Les châteaux au style grandiloquent, perchés sur des éperons rocheux, à l’instar du fameux château de Neuschwanstein, voulu par Louis II de Bavière, héros du kitsch, expriment la volonté d’affirmer un pouvoir.
Le style régionaliste qui marque notoirement la production de la fin du XIXe, entraine des phénomènes très diversifiés et parfois contradictoires ; certains refusent la modernité, d’autres par contre prônent un certain anti-académisme.
A l’aube du XXe siècle, la belle époque insuffle au massif un style nouveau et autonome.

Le XX

L'explosion des stations de sport d'hiver d'altitude

Saint-Moritz, dans le canton des Grisons en Suisse, est la première station de sports d'hiver à voir le jour non seulement dans les Alpes, mais également au niveau mondial. C’est au pionnier de l'hôtellerie, Johannes Badrutt, créateur de l’hôtel KULM que l’on peut attribuer cette paternité. En 1864, il engage un pari avec des curistes anglais fréquentant son établissement durant l’été, leur soutenant qu’ils pourront jouir d’un ensoleillement identique pendant la saison froide. En réussissant son défi, il devient par la même occasion l’inventeur des sports d’hiver.

Les premières remontées mécaniques datent du début du XXe siècle. Les premières stations hivernales voient le jour d'abord entre 1 000 et 1 500 mètres. En France, la journaliste et alpiniste Mathilde Maige-Lefournier ainsi que la Baronne Noémie de Rothschild plaident en faveur de la construction d’une nouvelle station à Megève. Celle-ci s'effectuera en deux temps : amorcée en 1913-1914, stoppée par la guerre elle reprend en 1919-1921. Le domaine du Mont d’Arbois, dans lequel s’est particulièrement investi la famille Rothschild est inauguré en 1922.

Autour des années 1920, on assiste à une importante colonisation des territoires d'altitude destinés au tourisme. On projette la construction de stations exclusivement réservées à la pratique du ski, à des altitudes supérieures à celles des centres de villégiatures du premier tourisme alpin. C'est le cas de la ville de Sestrière dans le Piémont située à 2 035 m et dont le cœur fut édifié entre 1932 et 1939 par la volonté du sénateur et propriétaire de la FIAT Giovanni Agnelli et de l'ingénieur Vittorio Bonadè Bottino. L'Alpe d' Huez localisée à 1 860 m commence véritablement à se développer à partir de 1935.

De nombreux architectes de réputation mondiale vont se confronter au thème de « l'architecture alpine ». Entre la doctrine rationaliste et l'imitation de l'architecture traditionnelle alpine de matrice rurale, existe-t-il une architecture alpine ? » Se demande Antonio de Rossi. L'architecte et urbaniste en chef de la station de Courchevel, Laurent Chappis, imagine une « montagne humaniste dans le contexte d'un grand parc international des Alpes européennes ».

Patrimoine & architecture-Références bibliographiques

Religions

Les vallées alpines conservent des croyances religieuses de longue date. En témoignent les gravures rupestres du Mont Bégo et de la Val Camonica.
Pendant l'époque romaine, inscriptions épigraphiques, monuments votifs et sanctuaires se développent. Certains dieux sont associés aux divinités indigènes. Le christianisme se diffuse dans les Alpes grâce à une organisation ecclésiastique dérivée de l'ancien système romain. Les monastères vont se diffuser largement. L'idée de sabbat fait son apparition dans la partie occidentale de la chaîne.
Plus tard les Vaudois s'installent dans les vallées piémontaises et celles du diocèse d'Embrun. Nait alors, un conflit entre le monde de la Réforme et celui de la Contre-Réforme. Les "Sacro Monti", remparts spirituels de l'église catholique face aux vallées protestantes, voient le jour majoritairement dans le Piémont.
Aujourd'hui on assiste à l'implantation de nouvelles communautés œcuméniques comme celles orthodoxes ou encore des monastères bouddhistes.

Langues et dialectes

On peut distinguer trois grands groupes dominants européens :
le roman pour le français et l'italien ;
le germanique pour l'allemand (Hochdeutsch) en Allemagne, Autriche et Liechtenstein ;
le slave pour le slovène.
La Suisse en plus de ses trois langues officielles (français, allemand et italien) reconnait comme langue nationale le rhéto-roman (romanche).

Dans le groupe roman, on distingue plusieurs formes :
le groupe gallo-italique ((ligurien, piémontais, lombard) que l'on intègre aussi dans l'italo-roman :
le groupe italo-roman (tridentin, vénitien) ;
le groupe gallo-roman (provençal ou occitan, franco-provençal) ;
le groupe rhéto-romanche (romanche, ladin, frioulan).

Dans le groupe germanique, on trouve :
l'alémanique (dont le dialecte Walzer) ;
le bavarois ou austro-bavarois avec plusieurs dialectes (carinthien, styrien, pustérien, salzbourgeois).

Le groupe slave est représenté par le slovène et le croate.

Littérature et traditions

L 'idée de la montagne alpine de Pétrarque à Léonard de Vinci, de Haller à De Saussure, de Gœthe à Ruskin, de Lord Byron à G. Rey.

« C’est à la Renaissance que les Alpes commencent à susciter un réel intérêt » dit Jacques Perret un des organisateurs de l’exposition intitulée "Regards sur les Alpes, 100 livres d’exception (1515-1908)" qui s’est déroulée en 2011 à la Bibliothèque d’étude et d’information de Grenoble.

Naissance de la géographie des Alpes

Mis à part les écrits des géographes et historiens grecs et latins, Polybe, Strabon et Tite-Live, c’est à partir du Moyen Âge, avec Dante, que les Alpes font l’objet d’un intérêt littéraire.

La renaissance : émergence d’une littérature alpine

Au XVIe quelques publications sous forme de guide comme Les Voyages du Seigneur de Villemont (1581), le Guide des Chemins de France (1552), ou de recueil poétique La Savoye de Jacques Peletier du Mans (1572) voient le jour. Le théologien Josias Simler propose une définition des Alpes.

L’idéal alpin des lumières

Mais le XVIIe délaisse les Monts Affreux et c’est au Siècle des Lumières que la montagne gagne véritablement ses lettres de noblesse. Jean-Jacques Rousseau, dans La Nouvelle Éloïse, imagine la montagne comme un lieu naturel idéal à l’écart des miasmes du monde. Le Bernois Albrecht Von Haller abonde dans le même sens, soutenant que la formation du caractère et de la vertu n’est pas possible dans une société citadine, mais au contact direct de la nature, en particulier de la montagne. L’helvétisme, qui érige comme modèle le paysage de la Suisse et les us et coutumes des habitants des cantons alpins internes représente une filière littéraire, exploitée, entre autres, par l’anglais William Coxe au travers de son ouvrage Voyages en Suisse. Par ailleurs, les Alpes représentent également un objet de recherche pour les savants, et Horace Benedict de Saussure orchestre de nombreuses expéditions ayant pour but l’exploration scientifique du massif. Il consignera ses multiples aventures dans son ouvrage Voyages dans les Alpes.

Les Alpes du romantisme théâtre d’aventures et de tragédies

Dans son ouvrage l’ode au Mont Blanc Shelley le poète Percy Shelly affirme que l’immensité des cimes vertigineuses et enneigées procure un sentiment d’extase proche de la folie. Lord Byron exacerbe les traits les plus expressifs du Romantisme, violents orages d’altitude, lutte de l’homme contre les éléments, etc. dans des romans comme Childe Harold’s Pilgrimage (1812) ou Prisoner of Chillon (1816). John Ruskin oppose une vision intellectuelle et mystique à celle de Michelet qui évoque des Alpes laïques.

Le XXe siècle où la naissance du roman de montagne

Le géographe Fabrizio Bartaletti dans son ouvrage "Geografia e cultura delle Alpi," retrace une histoire de la littérature alpine dans laquelle il évoque le roman de montagne. Ce nouveau genre littéraire qui voit le jour au début du XXe siècle se révèle d’après l’auteur, souvent étiqueté comme banal. Dans son ouvrage critique, Le roman de montagne en France, Michel Ballerini attribue cette médiocrité à la difficulté de concilier une expérience vécue (excursion, ascension d’un massif) et la fantaisie sensée transformer la réalité qui s’exprime dans le genre romanesque. Edmondo de Amicis, dans "Piccoli uomini, grandi montagne", explique le mal-être des romanciers dans le cadre alpin par une différence d’échelle dans le rapport homme-montagne.
Cependant, des exceptions échappent à cette médiocrité.
Alexandre Dumas, cet infatigable écrivain voyageur, insuffle une dimension épique à ses Impressions de voyage en Suisse et un siècle plus tard Roger Frison-Roche avec "Premier de cordée" se révèle comme un auteur majeur du genre. Jean Giono décrit avec poésie sa "Provence" avec comme arrière-plan les sommets enneigés du massif des Écrins ou les cimes escarpées du Dévoluy. Les alpinistes René Desmaison (342 heures dans les Grandes Jorasses), Gaston Rebuffat (Le massif du Mont-Blanc), Lionel Terray (Les conquérants de l'inutile) dépeignent avec talent leurs expériences verticales respectives.
Les Anglais, précurseurs dans ce domaine littéraire, et ascensionnistes de la première heure, se distinguent avec l’inventeur de l’alpinisme sportif Alfred.F Mummery, le vainqueur, mais à quel prix, du Cervin Edward Whymper ou encore l’alpiniste érudit évoqué par Jacques Perret , William Auguste Coolidge. Les Italiens Mario Rigoni Stern, Dino Buzzati, Walter Bonatti, Cesare Maestri ou Emilio Comici abordent la littérature de montagne avec bonheur. Parmi les Austro-Allemands, Heckmair résout "Les trois derniers problèmes des Alpes" et Herman Bühl exprime avec sensibilité son attachement au monde vertical :
« Je suis né à Innsbruck. Les montagnes veillaient sur mon berceau. L'amour qu'elles m'inspiraient m'avait été transmis en héritage. Mon père était un alpiniste enthousiaste et ma mère originaire du Val Gardena, au coeur même des Dolomites
La Suisse située au cœur du massif, favorise bien légitimement des vocations littéraires et le célèbre Heidi de Johanna Spyri occupe une place de tout premier ordre dans l’imaginaire des adorateurs des Alpes.

Au delà du roman : Contes et légendes

Copyright © Cristina Marsi - L'inquiétant Spina de Mul

Parallèlement à la fiction, différents types d’expression littéraire existent. La grande diversité culturelle et linguistique de l’Arc alpin est à l’origine de légendes et de contes souvent issus d’une tradition orale. Certains mythes apparaissent sous diverses formes dans les différentes régions alpines : Les créatures et animaux fantastiques, Zlatorog en Slovénie, le Dragon de Macun dans le Parc national Suisse, le dahu dans les Alpes occidentales, le Coulobre dans le Luberon, Spina de Mul dans les Dolomites (Dolomiten saga). Les fées, les sorcières, les rois et reines, princes et bergères constituent une pléiade de personnages qui émanent de l’imagination des habitants. Le merveilleux et le magique s’associent à une réalité montagnarde.

Littérature-Références bibliographiques

 

 

Gastronomie

La rigueur des températures, les conditions géographiques et géologiques difficiles, ces facteurs laissent perplexe sur le potentiel des ressources alimentaires dans les Alpes.

Les produits et plats spécifiques

Olives Cailletier, Taggiasca, Nyons ; Huile d'olives ; Agneau de sisteron ; Razza Bovina Piemontese ; Agnello Sambucano ; Fougasse ; Craquant de Saillans ; Tourtons ; Noix de Grenoble ; Chartreuse ; Diot ; Saucisson de Savoie ; Lard d'Arnard ; Motzetta ou Mocetta ; Bresaola, Bündnerfleisch (Viande des Grisons) ; Speck ; Omble Chevalier ; Corégone (Lavaret) ; Agone (Célerins) ; Tinca Gobba del pianalto ; Tennegauer Berglamm ; Salzkammergut Reinanken ; Steirisches Kürbiskernöl

Tartiflette ; Fondue savoyarde ; Matafans ; Gratin dauphinois ; Oreilles d'âne ; Carbonade ; Rösti ; Soupe à la Valpellinentze, ; Soupe à la Cogneintze ; Zuppa dei valdesi ; Cagliette ; Pirrubangada ; Pizzocheri ; Polenta ; Polenta taragna ; Zuppa alla Valtellinese ; Strangolapreti ou Strozzapreti ; Canederli ; Pansotti ; Cialzons ; Paparot ; Tiroler gröstl ; Brettljause ; Knödel ; Griess nockerl ; Frittaten ; Leberknöde ; Speckbrot ; Kärntner Nudeln ; Erdapfelsuppe ; Spätzle ; Käsespätzle

Les fromages

Tomme de la Vésubie ; Banon ; Picodon de la Drôme ; Reblochon ; Beaufort ; Abondance ; Chevrotin ; Emmental de Savoie ; Gruyère de Savoie ; Tomme de Savoie ; Tomme des Bauges ; Abbaye de Tamié ; Persillé de Tignes ; Bleu de Ste Foy ; Bleu de Termignon (Bleu du Mont-Cenis) ; Colombière ; Persillé des Aravis ; Raclette de Savoie ; Tarentais de chèvre ; Signal ; Tomette des Bauges ; Vacherin des Bauges

Appenzel ; Bagnes ; Chamser ; Conches ; Emmental Suisse ; Etivaz ; Gruyère ; Mutschli ; Raclette du Valais ; Raclette fumée ; Raclette St Nicklauss ; Sbrinz ; Schabzieger ; Tête de Moine ; Tilsit ; Tomme Vaudoise ; Vacherin Fribourgeois ; Vacherin Mont d'Or ; Valle Maggia

Alpeggio di Triora ; Toma Piemontese ; Raschera ; Castelmagno ; Murazzano ; Valle d'Aosta Fromadzo ; Fontina ; Reblèque ; Salignòn ; Bitto ; Casera ; Taleggio ; Asiago ; Monte Veronese ; Puzzone di Moena ; Grana Trentino ; Montasio

Tiroler Graukäse ; Gailtaler Almkäse ; Tiroler Alpkäse ; Tiroler Bergkäse ; Vorarlberger Alpkäse ; Vorarlberger Bergkäse
Allgauer Emmentaler ; Tolminc ;

Le vignoble


Côtes de Provence, Coteau Varois (Var), Côtes du Rhöne (Vaucluse),Beaumes-de-Venise, Saint-Jeannet, Villars sur Var (Alpes-Maritimes)
Clairette et Crémant de Die, Côtes du Rhône, vins de pays des coteaux des Baronnies - de Montélimar (Drôme)
Vins de pays de l'Isère
Vin de Savoie - Crus :
Roussette de Savoie Frangy, Monthoux, Marestel, Monterminod (Altesse)
Abymes ; Apremont ; Chignin ; Cruet ; Saint-Jeoire-Prieuré (Jacquère)
Chautagne (Gamay) ; Jongieux (Jacquère-Gamay-Mondeuse-Pinot noir)
Chignin-Bergeron ou Bergeron (Roussane)
Marignan ; Montmélian ; Crépy, Marin, Marignan, Ripaille (Chasselas)
Arbin ; Saint-Jean-de-la-Porte (Mondeuse)
Ayze (Gringet)
Seyssel (Molette-Altesse) (Savoie)
Vins pétillants (Jacquère - Chardonnay)
(Retour du cépage rouge "Persan" en Maurienne)
(Charpignat - Sainte-Marie-d'Alloix ne sont plus produits)


Chasselas (Fendant), Sylvaner, Gamay, Pinot noir (Valais) - Chasselas (Genève) - Merlot, Bondola (Tessin) - Riesling x Sylvaner et Pinot Noir (Glaris)


Vignoble du Valais


Rossese di Dolcacqua, Riviera Ligure di Ponente, Vermentino, Pigato (Ligurie) Ormeasco di Pornassio
Carema, Canavese, Colline Novaresi - Vercellesi (Piémont)
Blanc de Morgex et de la Salle, Chambave, Nus, Arnad Montjovet, Torrette, Donnas, Enfer d'Arvier (Val d' Aoste)
Valcalepio, Franciacorta, Sforzato di Valtellina, Valtellina Superiore (Maroggia, Sassella, Grumello, Inferno, Valgella) (Lombardie)
Trentino doc, Casteller, Teroldego, Marzemino, Moscato, Alto-Adige doc, Lago di Caldaro, Schiava, Lagrein, Müller-Thurgau (Trentin-Haut-Adige)
Bardolino, Valdadige, Valpolicella, Amarone, Soave, Recioto, Prosecco, Cartizze (Vénétie)
Colli Orientali del Friuli, Collio (Friuli)


Wachau, Traisental, Donauland, Thermenregion, Steiermark (west, süd, südost), Burgenland (Autriche)


Maribor, Šmarje - Virštajn (Slovénie)

Culture-Références bibliographiques

Détails : Gastronomie

Science

La cartographie et la topographie

Les plus importants recueils de cartes datent du XVIe siècle. Ce sont, la Cosmographia (1543) du glaronnais Sebastian Münster et le Theatrum Orbis Terrarum (1584) d'Abraham Wortles connu sous le nom d'Ortelius.
Au XVIIe siècle les vieilles descriptions et la cosmographie laissent place à la topographie. En effet, dicté par la nécessité des nouveaux états territoriaux de mieux connaître les ressources et les caractéristiques territoriales et d'en faire ainsi l'inventaire, se multiplient les cartes décrivant diverses parties de la chaîne alpine. Pour l'espace alpin, le Topographia Helvetiae, Rhaetiae et Valesiae (1642) de Matthäus Merian, correspondant à 9 volumes topographiques, revêt un rôle de tout premier plan.
Au XVIIIe siècle apparait plus couramment la vue panoramique. L'utilisation du baromètre et plus tard du relèvement trigonométrique permettront de donner des mesures précises sur la hauteur des montagnes jusque-là farfelues.
À partir de la seconde moitié XIXe siècle la représentation du terrain est déjà d'une grande précision comme témoigne l'Atlas topographique de la Suisse connu sous le nom de Siegfriekarte publié de 1870 à 1900.

La contribution aux sciences de la terre

À la fin du XVIIIe siècle, le naturaliste et physicien Genevois Horace-Benédict de Saussure, parcourra les Alpes du Mont Blanc au Mont Rose pendant des décennies et contribua ainsi dans de nombreux champs scientifiques à faire évoluer la connaissance du territoire alpin.

Les nouvelles technologies
(Technopole-Parco tecnologico-Technologiepark)

Cartographie-Références bibliographiques

Activités :

Économie

Agriculture et élevage

Pour les sociétés paysannes alpines, Werner Bätzing décrit cinq systèmes d'utilisation économique, dans une orientation écologique :
Les prédateurs de gibiers
La transhumance
L'économie paysanne latine
L'économie paysanne germanique
L'économie des Walser et les fermes d'élevage.
Au-delà d'une certaine altitude, il n'y a guère que l'utilisation de la force motrice de l'eau ou le tourisme qui puissent tirer un certain parti de ces immenses zones de rochers, d'éboulis, de glaces et de neige.

Industrie

L'avènement de la société industrielle dans l'arc alpin engendre une mutation radicale :
La construction des voies ferrées, 1854 le chemin de fer du Semmering (Vienne-Trieste), le Brenner en 1867.
L'avènement des premières entreprises industrielles, le textile dès l'an 1820 en Suisse, industrie lourde dès 1840 en Styrie, la force motrice de l'eau après 1890 dans le Grésivaudan.
Cette mutation va concerner l'intérieur de l'espace alpin à partir de 1880.

Tourisme

Le tourisme est un secteur clé de l'économie de l’espace alpin et reste étroitement lié à l'histoire de la culture européenne et ne peut s'expliquer uniquement du point de vue économique.

Le désir d’exploration, la soif de connaissance scientifique génère une forme de tourisme proche de l'alpinisme qui remonte à plusieurs siècles en arrière.

On peut voir une première manifestation avec la venue de deux anglais, William Windham et Richard Pocock, à « Chamouny » (Chamonix) pour visiter la Mer-de-Glace en 1741.

C'est véritablement dans la deuxième moitié du XIXe siècle que nait le tourisme alpin. C'est une forme d’économie directement liée à la révolution industrielle.

La première phase d’« exploration » prend effet le 6 août 1816 avec l’ouverture de la première auberge suisse, équipée de 6 lits, la Kulm-Gasthaus (Rigi Kulm Hôtel-Schwyz) et se poursuit jusqu’en 1882 avec le premier Championnat d’Europe de patinage à St.Moritz.

En Septembre 1864, le pionnier de l'hôtellerie, Johannes Badrutt de St. Moritz (Suisse), station de villégiature déjà réputé, propose à quatre invités britanniques présents le pari suivant : de venir pendant l'hiver et si le séjour ne leur convient pas, de payer leurs frais de voyage retour pour Londres. Ainsi nait le tourisme hivernal.

Ce n'est qu'entre l'an 1882 dit de la "Belle Époque" et la Première Guerre mondiale que l'on assiste à la deuxième phase de développement touristique dans les Alpes. Véhiculé par les entreprises des Alpinistes-grimpeurs, les descriptions des poètes et écrivains romantiques, il se développe le plus souvent dans des localités situées entre 1 000 et 1 300 mètres d'altitude. On assiste au tout début de la pratique du ski.

La troisième phase se situe entre 1918 et 1955-1958 ou apparait une classe moyenne aisée. Cette période correspond au développement du ski, de fond d'abord supplanté ensuite par le celui de descente avec les premières remontées mécaniques.

La quatrième phase, du milieu des années 1950 à à la fin des années 1970, se caractérise par le développement du tourisme de masse estival (vers 1960-1975) et hivernal avec la prolifétaion des remontées mécaniques et de nombreuses stations de sports d'hiver d'altitude, surtout en France, de moindres mesures dans les Alpes centre-occidentales italiennes et en Suisse dans le Valais.

La cinquième phase va des premières années de 1980 à l'année 1998 qui consolide le tourisme hivernal avec l'amélioration des remontées mécaniques et l'installation d'infrastructures pour l'enneigement artificiel. Le tourisme de masse hivernal s’intensifie alors que l’on note un déclin du tourisme d’été.

La sixième phase depuis 1998 se poursuit encore aujourd'hui avec un processus de renouvellement/rationalisation des remontées mécaniques, un développement à grande échelle des machines de fabrication de neige artificielle, la recherche de nouvelles liaisons à haute altitude et le développement d'activités nouvelles.

Avec une estimation aux alentours de 500 millions de nuitées, la région alpine reste une zone touristique majeure.

En conclusion, le tourisme apporte une contribution importante à l’économie alpine, mais on observe de grandes disparités régionales et locales.

Détails : Tourisme alpin

Activités sportives


Vol à voile (Lago Como)

Alpinisme et randonnées

Les origines de l'alpinisme sont liées à des évènements isolés : le poète esthète Pétrarque et son ascension au Mont-Ventoux en 1336, Boniface Rotari d'Asti qui gravit le sommet du Rochemelon (3 557 m) en 1358 pour des raisons religieuses, l ’artiste/scientifique Léonard da Vinci, entre 1490 et 1499, en tant que Commissaire pour la Valsassina (province di Lecco) explore les "Grigne" (préalpes lombardes). L’alpinisme sportif commence avec Antoine de Ville qui se hisse au sommet du Mont Aiguille (2 085 m) en juin 1492.
Plus près de nous, c'est une entreprise collective de sept garçons Walser de Gressoney (Val d' Aoste) qui grimperont les « quatre mille » du Mont-Rose, autour du col du Lys, à la recherche de la mythique vallée perdue de leurs pères, au mois d' aout 1778. Le sommet du Mont-Blanc sera vaincu le 8 aout 1786 par le médecin Michel-Gabriel Paccard et le chercheur de cristaux Jacques Balmat.
Edward Whymper atteint le sommet du Cervin (4 478 m) le 14 juillet 1865.

L'Alpine Club, premier club alpin est anglais et date de 1857. Suivront l'Österreichischer Alpenverein en 1862, le Club Alpin Suisse en avril 1863 et quelques mois plus tard le Club Alpin Italien, le Deutscher Alpenverein en 1869 et le Club Alpin Français remonte à 1874.

Sports d'hiver

À partir de 1870, les pays alpins sont touchés par l'essor du ski sportif.
Le premier club de ski d’Autriche, le Ski Club Arlberg, ouvre ses portes en 1901, la première compétition de ski se déroule en 1904, la Skischule Arlberg (école de ski), est fondée en 1921, naissance de la compétition de l'Arlberg-Kandahar en 1928.
Sous l'impulsion du capitaine Clerc se met en place la première école normale de ski à Briançon en 1903.
En 1924, le Comité International Olympique organise la « Semaine des sports d' hiver » à Chamonix (Haute-Savoie - France) qui deviendra en 1926, les premiers jeux Olympiques d'hiver officiels.
La première école en Suisse est fondée à Saint-Moritz, dans le canton des Grisons, en 1927 qui organise les jeux Olympiques d'hiver de 1928.
L'alsacien Charles Diebold, un des créateurs de l'école de ski française, invente la première véritable école de ski en 1927, les Cours de Ski Vosgiens transporté ensuite dans les Alpes à Val d'Isère où naitra une école de ski en 1932. En 1933, un premier centre de formation des moniteurs se crée au Mont Revard.
En Italie, les premières écoles de ski sont Sestrière en 1931 et celle de Cortina d'Ampezzo en 1933.
Les jeux Olympiques d'hiver de 1936 ont lieu à Garmisch-Partenkirchen en Allemagne.

Les topos guides

Les guides de randonnée, d’alpinisme, de ski, etc. garnissent les rayonnages des librairies spécialisées et des offices de tourisme.

Autres activités

(Escalade, spéleologie, via ferrata, canoë-kayak, canyoning, parapente, parachutisme, vélo-VTT)

Activités-Références bibliographiques

Topos guides-revues-Références bibliographiques

Perspectives

Nous avons pris soin, tout au long de cette présentation générale, de mettre en lumière certains traits caractéristiques du massif alpin ; la densité de la population de manière globale, le  trafic intense, facilité par la morphologie des sillons,  et  rendu inévitable en raison de la position de la chaine par rapport au continent européen, etc. On peut ainsi dresser un double constat : d’une part, il existe peu  de  montagnes aussi peuplées et d’autre part, conséquence parmi d’autres de cette situation,  le milieu s’en trouve d’autant plus fragilisé.  Cependant, il demeure fondamental de maintenir une activité économique sans laquelle la désertification des montagnes serait inéluctable.

Mais alors, quelle place les Alpes peuvent-elles occuper au sein de l’Europe ?  Sont-elles en mesure de prétendre à une totale autonomie  ou doivent-elles appartenir à des espaces économiques et politiques plus vastes ?

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  • Voici en quelques mots comment certains des plus importants spécialistes de l’arc alpin envisagent son avenir…

    Pour le géographe Rémy Knafou les Alpes "ne sont pas un « modèle » de la montagne à exporter vers le reste du monde".
    Rappelons que leur singularité vient du fait qu'elles "participent à deux ensembles spatiaux en une combinaison tout à fait originale ": une montagne peuplée qui se situe en plus dans des pays développés économiquement et techniquement.

    Le géographe italien, Fabrizio Bartaletti  

    Au-delà des différences d’ordre géographique et linguistique, les Alpes peuvent prétendre à une culture sensiblement homogène et exploiter une plate-forme commune en renforçant les contacts interculturels. Elles seront alors capables  d’agir comme interlocuteur privilégié face aux états nationaux.

    De son côté le géographe Bernard Debarbieux nous met en garde : faire des prévisions est un exercice délicat surtout en ce qui concerne l'avenir.

    Le géographe français, Bernard Debarbieux  

    Faire des prévisions est un exercice délicat surtout en ce qui concerne le futur en raison de l’hétérogénéité des sociétés alpines.
    Chaque région est différente de l'autre. Ceci est vrai au sein d’une même région dans laquelle les intérêts et les visions de l'avenir ne sont pas homogènes. Cela entraine de nombreux conflits entre les partisans de modèles contradictoires sur la base de représentations des Alpes et de leur avenir sensiblement divergents.
    1) l'option fonctionnaliste et sectorielle dans laquelle les régions alpines continueront d'être prises entre des modèles de vie et de développement concurrents. Dans ce cas, elles seront soumises à des pressions contradictoires découlant des contraintes extérieures : passage de plus en plus facilité de l'espace alpin, pression constante pour un retour sur investissement de capitaux extérieurs dédié au tourisme, pressions tout aussi importantes pour la protection de secteurs entiers, pressions probables pour de nouvelles allocations de crédits, etc.
    2) l'option territoriale où les sociétés locales se mettraient d'accord sur un modèle de croissance qui assurerait une plus grande cohésion entre leurs territoires. Ces dispositions seraient en mesure de faire correspondre les objectifs et les modalités du développement durable. Ce dernier pourrait être largement basé sur une combinaison d'activités économiques fondées sur la création de produits de qualité et de gestion d'actifs de l'environnement et du patrimoine. La réalisation d'un parc naturel régional constitue un exemple concret de cette optimisation de l'espace local.

    Le géographe allemand, Werner Bätzing

    Quel avenir pour les Alpes ? Comment définir le concept de durabilité ?

    En Allemand, nachhaltige Entwicklung signifie, développement continu, 
mode de vie, d’économie et de mise en valeur qui doit s’étendre sur une longue période et donc être pratiqué et vécu pendant plusieurs générations.


    Cela implique aux différents niveaux suivants :
    -L’environnement : la reproduction écologique doit être assurée
.
    -La société et la culture : garantir le maintien de valeurs stables inattaquables de l’intérieur ou de l’extérieur.

    -L’économie : assurer la sécurité matérielle de l’existence
    Le développement durable dans l’arc alpin
    -Le concept de durabilité est difficile à cerner. Il est flou 
 et ne signifie pas la même chose selon que l’on est Français, Allemand ou Suisse. On ne peut donc envisager l’avenir des Alpes uniquement sous l’aspect de la durabilité.

    Deux points de vue s’opposent :

    Ville et nature sauvage ou campagne sans ville

    1/ ville et nature sauvage


    Les Alpes sont elles inutiles économiquement ? L’espace de loisirs périmé est supplanté par des infrastructures totalement artificielles (promenades, murs d’escalade, etc.) près des villes desservies par des transports efficaces.
 Le principe réside dans une mise en valeur de petites surfaces hyper favorisées permettant la vie économique dans les villes ou à proximité. La nature serait soulagée sur de vastes superficies tandis que l’homme pourrait garder un lien avec une nature « libre ». Concentration urbaine et monde sauvage représenteraient un idéal de durabilité.


    2/ Campagne sans ville

    À l’opposé : l’homme peut se dispenser de la ville. Les concentrations de mises en valeur humaine, les divisions et spécialisations du travail génèrent des nuisances pour l’environnement. Les Alpes devraient devenir un espace de vie sans concentrations urbaines, une économie de subsistance diffuse dans des territoires essentiellement ruraux.

    Une troisième voie ?


    Selon Werner Bätzing, ces deux positions extrêmes ne s’avèrent viables ni l’une ni l’autre. Elles signifient l’une comme l’autre appauvrissement. La solution réside vraisemblablement dans la complémentarité entre ville et campagne.

    Où en est-on actuellement ?

    Un postulat pragmatique

    Les Alpes seraient incorporées dans des macrorégions européennes, au croisement des deux axes majeurs de développement, respectivement la Banane Bleue (Axe Lotharingien) et l'Arc latin, et se déployant autour de grandes agglomérations. Une politique alpine spécifique n’a plus vraiment de raison d’être. Ce point de vue est défendu par de nombreux hommes politiques européens. La construction de longs tunnels (par exemple en Suisse) destinés à relier les régions alpines aux mégapoles illustre bien cette tendance.

    Une position défensive

    Liée à un refus de la globalisation, elle implique un développement durable qui ne peut se concevoir qu’à une échelle régionale. Cette position, minoritaire, trouve parfois un écho auprès des opinions populistes, la résistance à toute mutation allant de pair avec la revalorisation nationale. La notion d’identité alpine s’efface devant la notion d’identité nationale.

    Réflexion de l'auteur

    Aucune des deux solutions ne représente une perspective de développement durable pour les Alpes.


    Problèmes posés par la modernisation forcée

    Les Alpes sont considérées comme un espace complémentaire des grandes villes. Si l’on se place dans l’optique de la grande ville, par rapport à sa propre puissance économique, le domaine alpin semble superflu. Cependant, c’est un espace de compensation écologique que la métropole ne peut offrir : habitat, aire de repos, réserve d’eau à usage domestique. Mais, ces fonctions restent très individualisées, très compartimentées, de sorte que chaque espace est cantonné à une seule affectation, et qu’il n’existe pas d’interpénétration entre eux. 
Or, les expériences retenues de la société agraire montrent que le développement n’est possible que dans une démarche multifonctionnelle : les lieux doivent être simultanément un espace de vie, d’économie, de détente et de nature. L’utilisateur se sent concerné par les incidences des activités les unes par rapport aux autres et, en particulier, sur la nature.


    Problèmes posés par le refus de modernisation



    Un repli des Alpes sur elles-mêmes risque de les priver du pouvoir des centres décisionnaires mettant en danger d’innombrables emplois et par conséquent l’existence même des Alpes. 
Le rejet de la globalisation (thèse souvent développée par des groupes populistes d’extrême droite) implique que tout ce qui vient de l’extérieur est mauvais et ce qui vient de l’intérieur est en revanche bon. Cette vision manichéenne ne suffit pas à définir la problématique des Alpes. Il existe des éléments positifs et négatifs dans chaque activité économique alpine. Le tourisme par exemple n’est pas ni bon ni mauvais.

    La double mise en valeur équilibrée
    (Ausgewogene Doppelnutzung)

    Pour sortir de ces deux positions extrêmes, Werner Bätzing évoque l'idée de la double mise en valeur équilibrée (Ausgewogene Doppelnutzung). Pour envisager un futur durable pour les Alpes, il faut, d'une part, ne pas se couper de l'Europe et ne pas sombrer dans la dépendance vis-à-vis des grandes villes et de l'autre se concentrer sur un espace de vie et d'économie ayant un certain degré d'originalité qui puise son propre rapport à l'environnement, à l’économie et au cadre de vie.
    Il faut donc organiser la production de façon à garantir un équilibre écologique. Dans ce cadre il semble essentiel de ne pas dissocier l'homme et la nature pour ensuite vouloir, a posteriori, les réunir à nouveau par des mesures correctives.

    Perspectives-Références bibliographiques